Category Archives: Brûle ton bahut

Rompons les rangs

Tous en rang. C’est ainsi qu’ils nous veulent, du premier au dernier souffle. En rang dans les salles de classe, aux caisses des supermarchés, au boulot ; en file sur la route, devant les guichets de la bureaucratie, aux urnes… jusqu’à en arriver à la dernière rangée, celui des tombes au cimetière. Toute une existence traînée ainsi – les muscles ne se contractent que pour s’agenouiller, les cœurs ne désirent que la marchandise – dans la sécurité d’une taule.

Car c’est bien à des taules que ressemblent nos villes, où tout espace est reprogrammé pour être surveillé, contrôlé, patrouillé. Les habitants sont comme des détenus escortés par l’exploitation capitaliste et menottés par les obligations sociales, toujours sous l’œil de la vidéosurveillance ; tous avec la même illusion de s’évader en consommant les sensations finement calculées qu’émettent les écrans omniprésents.

Cette société carcérale promet le bien-être, mais ne maintient que les massacres, comme le démontrent les rêves naufragés de ceux qui tentent d’y entrer et les corps bombardés de ceux qui se soulèvent à ses portes. Qui prend la liberté de ne pas mendier et de frayer sa propre route, aura à faire à une armée de politiciens, magistrats, gendarmes et journalistes.

Si à Bruxelles une nouvelle maxi-prison est en construction, à Athènes on impose un régime spécial aux prisonniers combattants ; si à Paris on pose la première pierre du nouveau Palais de Justice, à Zurich et à Munich d’autres monstrueux Centres de Justice et de Police sont au menu ; si les pouvoirs se mettent d’accord au-delà des frontières pour appliquer des stratégies contre-insurrectionnelles, les laboratoires de recherche et l’industrie sécuritaire passent à une vitesse supérieure pour fabriquer la paix sociale. Et partout, de l’Espagne en passant par l’Italie et la Grèce, la répression s’abat sur quiconque est entaché du crime le plus intolérable : en finir avec l’obéissance et inciter les autres à en faire autant.

Les grandes œuvres de la répression ne rencontrent pas qu’applaudissements, silences, ou lamentations. Parfois elles se heurtent à une hostilité résolue. C’est le cas par exemple pour la plus grande prison belge en voie de construction, projet dont l’histoire est déjà parsemée d’actions directes contre tous ceux qui y collaborent, des institutions publiques aux entreprises privées. De la peinture aux pierres, des marteaux aux flammes, des destructions aux sabotages, un univers d’attaque déchire tout code pénal, tout calcul politique, toute complaisance avec l’État. Si les défenseurs de l’ordre veulent l’étouffer, c’est que cette soif de liberté peut devenir contagieuse. Partout.

L’être humain n’est pas né pour rester en rang, la tête basse, en attente d’un permis de vivre. Relever la tête, armer le bras et défier le pouvoir – c’est là que commence la vie, en faisant sauter tous les rangs.

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L’affiche en anglais, en grec et en italien sur breakranks.noblogs.org

[Besançon] Agitation contre la police – 16 mai 2015

En solidarité avec les émeutiers de Besançon

Banderole suspendue sur la passerelle à la station de tram/bus d'Allende à Planoise samedi 16 mai 2015

Banderole suspendue sur la passerelle à la station de tram/bus d’Allende à Planoise samedi 16 mai 2015

Vus dans Besançon durant le week-end des 16 et 17 mai 2015 …

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[Besançon] Solidarité incendiaire contre l’occupation policière dans 7 quartiers – 3, 5 et 9 mai 2015

[Le 3 mai, les CRS qui occupent depuis des mois le quartier des « 408 », notamment en réaction aux sabotages continues contre le système de vidéo-surveillance du secteur, se sont une nouvelle fois reçus de plein fouet la rage provoquée par leur travail quotidien. Lors de cette soirée de rébellion, un jeune de 17 ans s’est fait interpeller et a été immédiatemment incarcéré pour avoir filé un coup de tête à un keuf. Deux nuits plus tard, la solidarité s’exprimait par des caillassages et des incendies de multiples bâtiments et véhicules représentant la pacification sociale et l’Etat (dont ‘Habitat Développement Local’ dans le centre Jean Jaurès qui appartient à la communauté d’agglomération du Grand Besançon; un centre-médico social; une école), ainsi que des entreprises telles que celle de transport Ginko et de location de véhicules ‘Hertz’ : les dégâts matériels sont nombreux.

Dans la nuit du 4 au 5 mai, plusieurs poubelles ont été incendiées dans le quartiers de Palente et des Vaîtes. Peu de temps avant, un poteau d’éclairage public avait été mis hors-service, plongeant le secteur de la rue Chopin (Palente) dans le noir.

Même si les flics sont toujours à la recherche des incendiaires présumés dans quatre quartiers différents (St-Ferjeux, Planoise, Saint-Claude, Tilleroyes), la réponse de l’Etat n’a pas tardé et quatre autre émeutiers présumés des « 408 » ont été interpellés lors d’un guet-apens montés par 30 porcs en uniforme ce mercredi 6 mai 2015. Vendredi, ils ont tous été placés en détention provisoire, à l’exception d’un jeune de 15 ans qui a été relâché sous contrôle judiciaire. Ils passeront en comparution immédiate au tribunal de Besançon ce lundi 11 mai 2015.

Dans la soirée de samedi 9 mai 2015 à Planoise, les keufs ont essuyé plusieurs jets de projectiles divers:

  • vers 20h rue de Bruxelles, les CRS sont visés par des tirs de mortier, malheureusement sans les atteindre… Le tireur est identifiée par les bleus et placé en GAV. Il dit avoir voulu se venger de s’être fait contrôler quelques heures auparavant.
  • A une heure d’intervalle (à 22h avenue Ile-de-France et à 23h rue de Bruxelles), les CRS ont de nouveau essuyé des tirs… de cocktails molotov cette fois-ci. Le premier visait un de leur camion et l’autre un groupe de quelques bleus. Malheureusement, ces deux lancés n’ont pas atteint leurs cibles. Ce n’est que partie remise.

 La conflictualité contre la police atteint actuellement un nouveau stade à Besançon: celle-ci s’intensifie par l’intervention pérenne des nombreuses compagnies de CRS dans les divers quartiers à la demande de la mairie, notamment là où la population ne se résigne pas devant leur présence oppressive. Le travail policier nécessite des réactions appropriées, comme celles des dernières nuits qui ont ciblé le capital et divers institutions étatiques de contrôle, de domestication et de pacification…

Solidarité offensive contre la police et tout ce qu’elle défend !

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Besançon : quatre interpellations après des violences et plusieurs séries d’incendies

Quatre hommes ont été interpellés mercredi 6 mai 2015 dans le quartier « des 408 » à Besançon après des agressions contre des policiers et plusieurs séries d’incendies volontaires, a-t-on appris auprès du parquet qui évoque des « incidents très graves ».

Ces incidents ont eu lieu dans cinq quartiers de Besançon, a indiqué la procureure Edwige Roux-Morizot.
Mardi soir 5 mai 2015, cinq voitures ont été incendiées rue du Caporal Peugeot dans la quartier Saint-Ferjeux. L’incendie s’est propagé à l’immeuble abritant les locaux de HDL (Habitat développement local) et du centre médico-social de Saint-Ferjeux. Quelque 65 pompiers, avec huit véhicules d’intervention, ont été mobilisés sur la durée de l’intervention.

Habitat Développement Local du centre Jaurès et les véhicules du département

Habitat Développement Local du centre Jaurès et les véhicules du département

Neuf minibus de l’agence de location de véhicules Hertz dans le quartier des Tilleroyes et un conteneur à poubelle adossé à une école dans le quartier Saint-Claude ont également été incendiés. À Planoise, une haie de thuyas a aussi été incendiée et des pierres ont été jetées sur un bus de transports publics.

Dans la même soirée, de puissants pétards ont été lancés en direction de CRS patrouillant dans le quartier sensible dit des « 408« , où ont été interpellés les quatre suspects.

« On peut légitimement s’interroger sur le lien de causalité entre la multiplicité de ces très graves incidents et le placement en détention mardi d’un jeune de 17 ans à la suite déjà d’agressions contre des policiers« , a déclaré la procureure.

Dimanche soir 3 mai 2015, des CRS déployés dans le quartier des « 408 » ont été la cible de jets de projectiles. Un mineur de 17 ans qui avait donné un coup de tête à l’un des policiers avait été interpellé et des poubelles incendiées quelques minutes après cette interpellation. Le suspect a été placé en détention mardi pour « outrage, rébellion et violences sur un dépositaire de l’autorité publique« .

Depuis plusieurs mois, le nouveau système de vidéosurveillance installé dans ce quartier est régulièrement dégradé, probablement par des trafiquants de drogues dont l’activité est gênée par les caméras, supposent les enquêteurs.

 La presse d’Etat – AFP via macommune.info, 6 mai 2015

Besançon : Une nuit bien agitée pour les pompiers

Cette nuit, les pompiers de Besançon ont dû intervenir trois fois pour éteindre des incendies. 

Il est à peine 19h30, la soirée vient de débuter lorsque les pompiers sont appelés pour éteindre un feu de benne à ordures rue Jean Wyrsch. Le conteneur est accolé à l’école maternelle Saint-Claude de Besançon. L’incendie est vite maîtrisé.

Incendie à Saint Ferjeux
Une heure plus tard, c’est un autre incendie qui se déclare rue Jules Guesde. Dans le quartier de Saint Ferjeux, 5 véhicules stationnés sur le parking ont été volontairement incendiés. Le feu s’est ensuite propagé à un bâtiment attenant. Il s’agit de l’espace Jean Jaurès.

Près d’une trentaine de pompiers sont intervenus toute la nuit pour maîtriser le feu et tenter de sauver l’ancienne école maternelle de Saint Fergeux mais en vain. La toiture de l’immeuble est parti en fumée. Les locaux accueillaient depuis plusieurs années une association qui propose des prestations d’aide au logement et à l’habitat. Une trentaine de salariés y travaillent.

« ce qui nous arrive est quand même une catastrophe sérieuse, parce qu’on avait 300 appels jour, de gens qui nous demandaient où en étaient les dossiers. Et une des salariée vient de me dire que ça fait 16 ans de son activité qui sont partis en fumée cette nuit », confie André Péquignot, président de l’Association développement habitat local.

Le centre médico-social (CMS) de Besançon Saint-Ferjeux a lui aussi été victime d’un incendie. Les flammes qui ont ravagé les véhicules du siège d’Habitat et développement local (HDL) se sont répandus à d’autres véhicules ainsi qu’aux locaux d’HDL et du CMS. Trois véhicules du Département ont été détruits et les locaux du CMS sont endommagés.

Le Département s’engage à maintenir la continuité du service public. C’est pourquoi, le CMS Bacchus se tient à la disposition du public en attendant la réouverture du site de Saint-Ferjeux, souhaitée pour lundi.

Des véhicules de locations détruits

22h35, un feu est signalé rue Thomas Edison, dans le quartier des Tilleroyes. Un feu de camionnette s’est propagé à huit autres véhicules utilitaires appartenant à la société de location de voiture Hertz. Le préjudice avoisinerait 20 000 euros par véhicule.

Plusieurs enquêtes sont cours pour retrouver les auteurs de ces incendies.

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Leur presse – france3.fr, 06/05/2015

[De Sète à Gagny] Blocus de lycées et incendies contre l’autoritarisme

Sète : la manif’ dégénère au lycée Charles-de-Gaulle, 5 policiers blessés

bruletonbahutDès 8 h, mardi 7 avril, cent cinquante élèves du lycée des métiers Charles-de-Gaulle, ont bloqué l’entrée de l’établissement pour dénoncer la fermeture des sanitaires pendant les intercours. A l’arrivée des policiers, la manifestation a dégénéré. Cinq policiers ont été blessés.

Le décor : des banderoles décorées de serviettes hygiéniques, du papier toilette déroulé un peu partout et des poubelles devant le portail. Les jeunes se sont ainsi mobilisés pour dénoncer la fermeture des toilettes pendant les intercours. Depuis que deux jeunes filles avaient été surprises en train de fumer dans les toilettes, une semaine auparavant, la direction avait décidé d’interdire tout accès aux sanitaires en dehors des périodes de récréation.

Quatre lycéens en garde à vue, cinq policiers blessés

À 9 h 15, les premiers policiers arrivent et reçoivent un charmant accueil : œufs et farine. Sentant la situation dégénérer, ils appellent alors du renfort. Deux jeunes mettent le feu à une poubelle. « Tout s’est emballé très vite, raconte une lycéenne. Je me suis absentée quelques minutes pour chercher du papier toilette supplémentaire. À mon retour, des collègues pleuraient à cause des gaz lacrymo des policiers et certains se faisaient embarquer dans les fourgons. »

Un jeune majeur a adressé plusieurs coups aux policiers

Les policiers avaient en effet décidé d’interpeller les deux jeunes « incendiaires ». Si l’un des deux n’a opposé aucune résistance, l’autre jeune majeur également, s’est rebellé et a adressé plusieurs coups aux agents des forces de l’ordre. Il a été rejoint par un autre lycéen tandis qu’un quatrième insultait copieusement les forces de l’ordre. Bilan de l’opération : cinq blessés parmi les policiers. L’un d’entre eux, touché à l’épaule, a bénéficié de treize jours d’ITT. Les autres agents n’avaient pas encore, mardi soir, fait connaître l’état de leurs blessures.

Les quatre jeunes, tous scolarisés au sein de l’établissement, ont été immédiatement placés en garde à vue dans les locaux du commissariat de Sète. Deux mineurs (15 et 16 ans) sont poursuivis pour outrages. Les deux jeunes majeurs doivent s’expliquer sur les faits de dégradations, outrage, rébellion et violences. Ils étaient encore en garde à vue mardi en fin de journée. « Si la direction ne nous entend pas, on ira se plaindre à l’académie », avaient déjà prévenu les élèves. À suivre.

Silence de la direction

Contactée par téléphone à maintes reprises mardi, la proviseure de l’établissement, Valérie Vautier-Desmaretz, est restée injoignable. La semaine dernière, elle avait concédé : « Les élèves ont largement le temps d’aller aux toilettes pendant le temps imparti. Ils n’ont pas à y aller durant les cours. Je ne vois pas en quoi ça peut les gêner. » Par ailleurs, les internes du lycée ayant participé à la manifestation se sont vus, par mesure de représailles, interdits de pénétrer dans l’établissement, selon l’accueil téléphonique du lycée. Dans la journée, la direction a toutefois changé d’avis, leur permettant de regagner leur chambre.

Leur presse – midilibre, 07/04/2015 via brèves du désordre

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Gagny : le blocus des élèves dégénère au lycée Gustave-Eiffel

Tout est parti d’une altercation entre un enseignant et un élève. Ce jeudi matin [2 avril 2015, NdCNE], au lycée Gustave-Eiffel de Gagny, les élèves décident de monter un blocus de protestation après cet incident. A l’arrière de l’établissement, la situation dégénère : un petit groupe de lycéens incendie des poubelles, des pierres sont lancées sur le bâtiment. «La police est intervenue et a utilisé des lacrymogènes», raconte un parent d’élève. «Il n’y a pas eu de heurts», explique de son côté un élève. Ce vendredi, des enseignants étaient en grève. Et à la direction académique, on assure que le blocus lycéen s’est poursuivi. «Mais tout est fait pour ramener le calme, dit-on. La chef d’établissement a reçu l’équipe de vie lycéenne et des équipes mobiles de sécurité se sont installées au lycée jeudi et vendredi.

Leur presse – leparisien.fr, 03/04/2015 via Attaque

[Montréal] Grève, blocages et occupation émeutière de l’UQAM – 8, 9 et 10 avril 2015

Solidarity Means Tabarnak! Quebec Students Strike Against Capitalism

Cliquez sur « cc » pour les sous-titres en Français

This week we look at the student led mobilizations that have rocked the streets of Montreal and Quebec City. From large scale marches, to occupations of university buildings to direct actions, the spring 2015 coalition has re-energized radical organizing in so called Quebec. If you want some more background on this watch “Street Politics 101” our documentary on the 2012 Quebec student strike.

Voir la vidéo

Voir la vidéo

Source

A noter que le site internet de la police de Montréal (SPVM) a a subi une cyber-attaque samedi 11 avril. Il est resté temporairement inaccessible.

Voir un résumé détaillé en anglais de l’occupation de l’UQAM de ce mercredi 8 avril

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Ce qui a été dit du côté des journalistes charognards :

Manifestation nocturne à Montréal: 82 interpellations

[…] Environ 500 manifestants ont participé à une courte manifestation nocturne, vendredi soir, au centre-ville de Montréal menant à plus de 80 interpellations.

Courte, parce que les policiers l’ont déclarée illégale dès le départ, faute d’itinéraire.

Les participants se sont rejoints vers 20 h 30 au carré Saint-Louis, situé entre la rue Saint-Denis et l’avenue Laval, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Afin de rendre l’ambiance festive, certains avaient trimbalé leurs tambours et leurs trompettes.

Vers 20 h 45, quand les premiers manifestants ont tenté d’emboîter le pas vers la rue du Square Saint-Louis, les policiers leur ont demandé de se disperser. C’est alors que de nombreux petits groupes se sont formés et ont pris des directions différentes, rendant ainsi le travail des policiers beaucoup plus ardu. Le jeu du chat et de la souris n’aura duré que 30 minutes.

Les deux groupes les plus importants ont été encerclés sur le boulevard Saint-Laurent, le premier à la hauteur de la rue Guilbault et le deuxième près de la rue Milton.

Ils ont ensuite été transportés vers un autobus du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) où ils se sont vus remettre un constat d’infraction et l’opération policière s’est terminée vers 23 h 30.

«Le bilan total est de 82 interpellations en vertu du règlement municipal P-6, a indiqué le sergent Laurent Gingras, du SPVM. Un homme a aussi été arrêté pour avoir proféré des menaces de mort envers les policiers et entravé leur travail.»

Selon les autorités, un véhicule du SPVM a aussi été vandalisé près du terminus d’autobus situé sur la rue Berri.

Les autres groupuscules ont été dispersés par les agents peu de temps après le début de l’événement.

L’Association générale étudiante du cégep du Vieux-Montréal pour la gratuité est à l’origine de ce rassemblement. Sur la page Facebook de l’événement, environ 1500 personnes avaient confirmé leur présence.

Comme à l’habitude, les manifestants brandissaient de nombreuses pancartes et affiches sur lesquelles on pouvait lire, notamment, «Université libre».

«Mobilisons-nous avec et pour nos camarades de l’UQAM qui ont subi des répressions, des agressions révoltantes de tout genre au cours des derniers jours, des dernières heures, car ils se sont levés, positionnés, se sont mobilisés spontanément face à la menace du rectorat de briser la grève en cours», ont indiqué les organisateurs sur la page de l’événement.

Puisque la semaine a été très mouvementée du côté de l’UQAM, le Syndicat des professeurs de cette même institution a tenu à faire le point lors d’une conférence de presse vendredi après-midi.

La présidente a dénoncé les actes de vandalisme commis au pavillon J.-A.-DeSève mercredi, mais a quand même encouragé les étudiants à poursuivre les moyens de pression «légitimes». On leur demande toutefois de respecter les personnes et les biens et de limiter leurs interventions aux étudiants concernés.

Leur presse – canoe.ca, 10/04/2015 à 22h24

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UQAM: plusieurs manifestations au centre-ville

Plusieurs manifestations spontanées se sont déroulées à proximité de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), jeudi, au lendemain d’une journée marquée par plusieurs affrontements sur le campus.

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Le Service de police de la ville de Montréal est intervenu très rapidement lors de chacun des rassemblements pour disperser les participants, usant parfois de la force ou de gaz irritants.

Une première manifestation s’est mise en branle vers 14 heures avec l’objectif d’offrir du soutien aux personnes arrêtées la veille mais aussi pour dénoncer la présence de la police sur le campus de l’UQAM.

Elle a été rapidement encerclée par de nombreux membres de la police antiémeute. L’ensemble des manifestants pris dans cette souricière, à proximité des rues Saint-Denis et Sherbrooke, se sont vu remettre un constat d’infraction.

À quelques mètres de là, un autre groupe de protestataires s’est formé. Les participants ont décidé de marcher à contre-sens de la circulation sur la rue Ontario vers le Quartier des spectacles.

Le groupe a été dispersé par la police à son arrivée sur la campus du Complexe des sciences Pierre-Dansereau de l’UQAM. Quelques personnes ont été incommodées par du poivre de Cayenne lors d’un affrontement avec les policiers.

Un dernier groupuscule s’est formé vers 16 heures à quelques dizaines de mètres du groupe de manifestants gardé captif par les forces de l’ordre sur la rue Saint-Denis.

Encore une fois, il n’aura fallu qu’une dizaine de minutes avant que la police ne mette un terme au rassemblement.

En début de soirée, le SPVM a indiqué qu’un bilan préliminaire faisait état de 182 interpellations pour cette nouvelle journée de manifestations, en plus d’une arrestation pour bris de condition.

Un porte-parole du SPVM, Jean-Bruno Latour, a précisé que 180 constats d’infraction en vertu du règlement P-6 ont été remis à un premier groupe de manifestants qui furent encerclés par les autorités policières sur la rue Saint-Denis.

Deux interpellations ont ensuite été menées lors des autres rassemblements. Ces derniers individus ont hérité de constats d’infraction pour avoir refusé d’obtempérer à un ordre d’un agent de la paix.

Atmosphère sereine, mais craintes

Pendant qu’à l’extérieur, les événements se bousculaient, à l’intérieur de l’UQAM l’atmosphère était sereine et les activités suivaient leur cours normal.

Des appels à l’occupation d’autres pavillons de l’université ont été ignorés en journée. Mais certains étudiants, dont les départements ne sont pas en grève, demeurent inquiets.

«Mercredi soir, nous avions un cours et des gens masqués sont venus l’interrompre. Ils nous ont dit qu’ils reviendraient jeudi soir. Les examens doivent commencer la semaine prochaine, ils ont dit qu’ils allaient aussi venir empêcher la tenue de l’examen», a confié une étudiante, rencontrée par La Presse Canadienne.

CCY69yHWAAARQQfCes actes d’intimidation sont survenus en même temps que le début de l’occupation du Pavillon J.-A.-DeSève par quelques centaines de personnes, mercredi soir.

Après avoir été tolérée pendant près de quatre heures, l’occupation a pris fin en début de nuit, jeudi, après une intervention musclée du SPVM.

Si pendant l’occupation la plupart des étudiants dansaient, mangeaient et discutaient, une minorité masquée s’est mise à barricader le pavillon avec différents objets ou à poser des gestes de vandalisme.

Après l’intervention de la police, les vandales se sont déplacés vers l’extérieur où ils ont lancé divers objets sur la voie publique et endommagé des véhicules du SPVM.

Leur presse – lapresse.ca, 09/04/2015 à 20h41

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Fin de l’occupation de l’UQAM après l’intervention du SPVM

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a mis fin à l’occupation du pavillon J.-A.-DeSève de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Des dizaines d’étudiants y observaient un sit-in pour protester contre l’opération policière qui s’est soldée par 22 arrestations en après-midi, mercredi.

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Le bilan préliminaire de la police faisait état en début de nuit d’une agression armée sur un policier et de quatre interpellations en vertu d’un règlement municipal ou du Code de sécurité routière.

Le SPVM a entamé une intervention musclée peu après minuit, jeudi, après avoir reçu d’un responsable de l’UQAM un avis pour mettre fin à l’occupation et évacuer les lieux. Ses agents patrouillaient jusqu’alors aux abords de l’université.

Les policiers ont fait un énorme trou dans une vitrine de l’entrée du pavillon pour pénétrer dans le bâtiment, dont les portes étaient bloquées par de multiples objets.

Les occupants ont fui à l’extérieur du pavillon par une porte à l’arrière du bâtiment vers la rue Sanguinet.

Des étudiants ont alors décidé de s’en prendre à des véhicules du SPVM. Un panneau de signalisation a entre autres été lancé dans le pare-brise d’une camionnette du SPVM, alors que quatre autres véhicules ont subi des dommages divers.

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Des dizaines de manifestants ont ensuite emprunté la rue Sainte-Catherine en direction est, où ils ont lancé des poubelles, des bacs à fleurs et des panneaux de signalisation sur la voie publique pour bloquer la circulation. Ils ont été poursuivis par des policiers, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et du poivre de Cayenne pour les disperser.

Les manifestants venus soutenir les occupants à l’extérieur ont aussi été dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes.

De nombreux dégâts ont été constatés à l’intérieur du pavillon J.-A.-DeSève. Des bureaux ont été saccagés et des caméras de surveillance et des machines-distributrices détruites.

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Distributeurs de bouffe défoncés et pillés

 Arrestations, occupation et négociations

Entre 100 et 200 étudiants ont observé en soirée, mercredi, un sit-in au premier étage de l’université, à l’étage supérieur du pavillon J.-A.-DeSève, pour protester contre les arrestations effectuées par le SPVM plus tôt dans la journée dans les locaux de l’UQAM.

Dix hommes et onze femmes âgés de 18 à 36 ans avaient été arrêtés. Quatre d’entre eux ont été accusés d’attroupements masqués et de méfaits et dix-sept autres d’attroupements illégaux et de méfaits. Et une 22e personne a été arrêtée pour vol de cellulaire. Ils devaient tous être libérés en soirée sous promesse de comparaître.

Des discussions entre les membres de la direction, dont le recteur Robert Proulx, et un groupe d’étudiants et de professeurs de l’UQAM en vue de dénouer la crise, ont échoué.

Ce groupe demandait le retrait de menaces d’expulsion de neuf étudiants pour des motifs qui remontent à 2013, le non-renouvellement de l’injonction obtenue par l’UQAM qui prend fin lundi et que la direction ne fasse plus appel, dans le futur, au SPVM.

Sandrine Ricci, chargée de cours au département de sociologie qui participait aux discussions, s’est dite amèrement déçue.

Mme Ricci dit avoir été témoin, mercredi, de violences de la part des agents de sécurité et de policiers qui n’avaient « aucune commune mesure » avec le comportement des étudiants qui tentaient de lever les cours. « J’étais là en tant qu’observatrice, et je suis ulcérée par les scènes de violence que j’ai vues », a-t-elle déclaré.

En soirée, le recteur Robert Proulx a publié un communiqué dans lequel il rappelait que « les actes d’intimidation n’ont pas leur place à l’UQAM ». « Il faut maintenant œuvrer collectivement à un retour rapide au calme sur notre campus », avait-il conclu.

Une journée mouvementée

En matinée, des gens se sont introduits dans l’établissement pour bloquer l’accès aux cours. Et ce, en dépit du fait que l’UQAM a obtenu une injonction interdisant aux manifestants de bloquer l’accès à l’Université ou aux salles de cours et leur ordonnant de cesser toute forme d’intimidation.

Le recteur Robert Proulx a affirmé en entrevue sur ICI Radio-Canada Première qu’il y a eu des voies de fait perpétrées sur des étudiants et des membres du personnel mercredi matin.

Puis, en après-midi, lorsqu’au moins une centaine de personnes ont entrepris de perturber les cours auxquels assistaient des étudiants en gestion, la direction a appelé la police.

Lorsque les manifestants se sont retrouvés face aux policiers, la tension était palpable. Des coups ont été échangés entre des étudiants, des agents de sécurité et des policiers. Il y aurait eu du vandalisme contre des caméras de surveillance.

Une étudiante, Alexandra Picard-Dubé, raconte que des manifestants ont essayé de sortir les gens des classes. « Là, ils se sont mis à pousser du monde, à pousser les gardes de sécurité », a-t-elle expliqué, ajoutant que les policiers sont arrivés sur place peu de temps après. « Ça se frappait de tous les bords, j’ai vu des manifestants frapper des policiers dans la face, des manifestants se faire coucher à terre violemment », a-t-elle décrit.

Le recteur de l’UQAM reconnaît qu’il n’est guère dans la culture de l’établissement d’en appeler aux forces de l’ordre, mais il estime ne pas avoir eu le choix : « Moi j’ai une responsabilité au niveau des gens qui fréquentent l’UQAM , ils doivent pouvoir le faire sans danger et sans être intimidés. »

Les étudiants interpellés ont d’abord été détenus dans une salle de cours. Les policiers les ont ensuite emmenés dans un fourgon cellulaire.

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En dépit de ces arrestations, d’autres étudiants ont poursuivi la manifestation. Face au déploiement policier, certains avaient dressé une barricade de fortune avec des bacs de recyclage. Les policiers ont cédé le pas aux agents de sécurité pendant que cinq ou six professeurs et chargés de cours ont tenté de calmer le jeu.  […]

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Leur presse – Radio-Canada avec La Presse Canadienne, 08/04/2015

Grabuge et barricades à l’UQAM

[…] Quelques heures plus tôt, des bureaux et des chaises avaient été empilés dans les escaliers roulants et devant les portes du pavillon J.-A. De Sève par plus d’une centaine de protestataires qui étaient alors présents.

Du savon à vaisselle y aurait même été lancé. Les ascenseurs avaient été bloqués par des divans. La musique jouait à fond et des lumières stroboscopiques illuminaient la scène.

Des actes de vandalisme ont également été commis par ces étudiants barricadés. Des graffitis ont été peints sur les murs et des objets ont été arrachés à coups de marteau. 

C’est que la journée d’hier avait déjà été particulièrement mouvementée à l’UQAM qui a décidé de faire respecter l’injonction ordonnée il y a une semaine par la Cour supérieure. Celle-ci empêche quiconque de perturber les activités sur le campus. 

Un premier débordement

Pour protester contre cette mesure, plus d’une centaine d’étudiants avaient marché dans l’université en après-midi.

Contrairement aux jours précédents, où ils suivaient passivement les manifestants, les gardiens de sécurité les ont empêchés d’entrer dans les salles de classe cette fois-ci.

Selon nos informations, ils avaient l’autorisation d’intervenir physiquement.

Puis la police a été appelée en renfort lorsque la situation a dégénéré en bousculades et altercations.

journal de montréal, 09/04/2015 à 01h10

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Voir aussi cet article sur le désordre ambiant dans les manifs étudiantes à Montréal.

[Publication] Sortie de ‘Séditions’, journal anarchiste apériodique de Besançon et de ses environs

Voici le premier numéro du journal apériodique anarchiste ‘Séditions ‘. Il est présenté sous forme de dépliant 4 pages et est disponible, hormis lors de diffusions occasionnelles, à plusieurs endroits à Besançon: à la librairie L’Autodidacte (place Marulaz), au bar Ze Music All (rue Rivotte), à la SPAM (place Marulaz)

Lire le 1er numéro du journal

Lire le 1er numéro du journal

Ci-dessous l’éditorial publié à l’occasion de la sortie du premier numéro:

Le journal ‘Séditions’ part avec l’idée de renouer avec l’agitation urbaine dans une perspective anarchiste. Il n’a pas vocation à promouvoir une quelconque organisation, qu’elle soit formelle ou informelle, fusse-t-elle anarchiste. Il ne rentre pas non plus dans la démarche qui consiste à créer des alternatives au sein d’un monde qui nous écrase sous son autorité. Nous luttons pour la liberté totale de tous les individus et donc en dehors du champ de la politique; nous ne cherchons pas à rendre ce système de fric et d’autorité plus juste.

La ville change. Promoteurs immobiliers, entreprises du BTP, architectes et mairie investissent les quartiers dans l’intérêt des riches et de l’Etat.

Le besoin se faisait ressentir de mettre au centre des discussions les restructurations de l’Etat et du capitalisme qui, jour après jour, modifient notre environnement, nos lieux de vie et d’errance, nos trajets quotidiens en déployant sans cesse plus de moyens de contrôle et de surveillance sur chacun d’entre nous, tout en cherchant à diviser les exploités et dominés en catégories et à les monter les uns contre les autres (communautarismes religieux, ethniques et patriotisme,..)

Cette publication propose d’apporter des textes et des critiques pour passer à l’action contre cette ville qui est en phase de devenir une gigantesque prison à ciel ouvert.

Pour contribuer au journal, envoyer un article, une brève… : seditions[at]riseup.net

Reçu par mail, 15 mars 2015

[Besançon] Même pas peur de l’occupation policière

Mise-à-jour 23/02/2015: deux mineurs ont été interpellés samedi 21 février 2015 dans l’après-midi dans le cadre de l’enquête sur les incendies de la dernère nuit. Deux autres avaient été malheureusement attrapés par les flics lors des faits. Tous ont été mis en examen et seront déférés devant une juge d’instruction.

Besançon : nouvelle vague d’incendies nocturnes à Planoise

Police et pompiers ont été appelés à cinq reprises à intervenir suite à des incendies criminels au cours de la nuit de vendredi à samedi.

Nouvelle nuit tout feu tout flamme dans le quartier de Planoise. Après les quatre incendies, dont celui d’un bus, dans la nuit de lundi à mardi, le feu a été mis à cinq reprises au cours de la nuit de vendredi à ce samedi. Avec au total deux véhicules incendiés et un troisième endommagé, ainsi que sept containers ravagés par les flammes qui ont par ailleurs dévasté quatorze fenètres de l’école élémentaire Champagne.

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Deux mineurs interpellés

Il était 19 h 30, vendredi soir, lorsque la première alerte a été donnée suite à un incendie de container, rue Flandres-Dunkerke, dans le secteur Champagne où l’ensemble des faits se sont déroulés, face à Micropolis et à proximit de l’église Saint-François d’Assise.

À 22 h, c’est un peu plus loin, au 11, avenue d’Île-de-France que trois containers de 750 litres sont incendiés dans un local.

22 h 50 : une camionnette utilitaire s’embrase à hauteur du 3, rue de Bruxelles, le feu endommageant également un autre véhicute stationné à proximité. Dix minutes plus tard, à 23 h, deux mineurs sont interpellés par les policiers qui viennent de les surprendre à mettre le feu à autre véhicule, place Jean-Moulin. Les deux jeunes adolescents sont alors ramenés au commissariat et placés en garde-à-vue.

Ce qui n’empêche pas, à 2 h 45, d’autres incendiaires de carboniser trois containers à poubelle situés à l’arrière de l’école élémentaire Champagne dont quater vitres vont exploser sous la chaleur des flammes qui étoileront dix autres fenêtres.

Alors que les CRS patrouillaient

Les faits se sont déroulés alors que les CRS patrouillaient dans le quartier suite aux déprédations déplorées en début de semaine et au fait que des attroupements de dix à vingt personnes avaient été observées de nuit au cours de la semaine. Ce qui n’a pas été le cas cette nuit de vendredi à samedi, les auteurs ayant manifestement agi par petits groupes sporadiques.

Ce samedi matin, le maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret, a évoqué ce nouvel épisode incendiaire à Planoise lors de la signature à l’hôtel de ville du Contrat de Ville 2015-2020. Indiquant qu’il espérait que « ceux qui ont mis le feu soient fermement sanctionnés», il a vu dans ces faits « une nouvelle illustration de la nécessité de restaurer la tranquilité publique et les valeur de la République dans ces quartiers, ce à quoi est destiné le contrat de ville que nous venons de signer, un an jour pour jour après l’adoption de la loi Lamy.»

Leur presse – l’est répugnant, 21/02/2015 à 11h40

Retour sur la révolte de novembre 2005 en France

La révolte incendiaire de novembre 2005 en France et l’hypothèse insurrectionnelle

« Nous avons pu faire dans le passé – et nous l’avons réellement fait – de minuscules émeutes insurrectionnelles qui n’avaient aucune chance de réussir. Mais nous étions alors vraiment bien peu, nous voulions obliger les gens à discuter, et nos tentatives étaient tout simplement des moyens de propagande. A présent, il ne s’agit plus de s’insurger pour faire de la propagande. A présent que nous pouvons vaincre – et que par conséquent nous le voulons –, nous ne faisons de tentatives que lorsqu’il nous semble qu’on peut y réussir.
Naturellement, nous pouvons nous tromper et, pour des questions de tempérament, on peut croire que le fruit est mûr alors qu’il est encore vert. Mais avouons que notre préférence va à ceux qui veulent aller trop vite face aux autres, ceux qui veulent toujours attendre, ceux qui laissent même passer les meilleures occasions et qui, par peur de cueillir un fruit pas assez mûr, laissent tout pourrir »

E. Malatesta, Umanità Nova, 6 septembre 1921.

acorpsperduLorsqu’une révolte sociale d’une ampleur tout à fait inhabituelle éclate à côté de soi, comme ce fut le cas en novembre 2005, il n’est pas rare que nous manquions de mots précis. On peut ainsi facilement tanguer entre une apologie pure et simple, guidée par l’enthousiasme ou une volonté d’agitation immédiate, et une mise à distance ultra critique, guidée par la peur ou les expériences historiques (c’est-à-dire plus honnêtement par les échecs du passé). Face à la tentation de qualifier trop rapidement les faits, on se souvient aussi que nommer une réalité, c’est déjà la réduire, que la réduire c’est rapidement la trahir. Ainsi, tout comme l’Etat peut par exemple définir des actes ou des personnes comme « terroristes » en fonction de la relativité de ses intérêts, les révolutionnaires ont souvent tendance à plaquer leurs désirs et leur propre projectualité sur les révoltes en cours. Non seulement le langage n’est bien sûr pas neutre, mais il sert souvent à cacher les véritables enjeux de la question posée.

Certes, lorsque l’Etat crée des catégories de révoltés, c’est pour mieux les isoler puis les réprimer, tandis que lorsque les anti-autoritaires tentent d’analyser une explosion en cours, c’est souvent mus par une volonté d’étendre la subversion. Si la démarche de ces deux ennemis irréductibles s’oppose entièrement – tant en terme d’objectifs que de sincérité –, l’opération revêt pourtant dans les deux cas un caractère politique lorsque la bataille rhétorique se réduit à une querelle de définitions. Ces dernières ne feront de toute façon qu’augmenter la séparation entre soi et la réalité de la guerre sociale. Les émeutiers deviennent ainsi des « racailles » ou des « jeunes prolétaires qui se trompent de cible », ils sont « irresponsables » ou « désespérés », « immigrés à expulser » ou « victimes post-coloniales », « destructeurs de voitures et d’écoles innocentes » ou « rebelles dont nous avons tout à apprendre ». Il ne s’agit pour nous ni de poser des labels, ni de se lancer aveuglément dans la bataille, pas plus que d’accomplir un quelconque devoir révolutionnaire. Nous pensons simplement qu’en participant à la conflictualité – a fortiori au moment où elle se développe –, on a bien plus de chances de comprendre ce qui s’y passe, afin d’y avancer ses propres perspectives d’un monde débarrassé de toute domination. La question brûlante n’est alors plus « qui sont ces gens ? » ou « de quel soutien ont-ils besoin ? », mais « quelles possibilités porte cette révolte » et « quels contenus souhaitons-nous y développer ? » 

Fausses questions

Lorsque novembre 2005 a explosé, les débats à chaud entre camarades sur les différentes interventions à mener nous ont souvent laissé l’impression d’une impuissance collective. Si on voit aisément ce qui rend l’Etat immédiatement hostile à ces événements, et sa nécessité de frapper juste et fort au nom de la préservation de l’ordre, on est par contre déjà plus embarrassé face à des camarades qui analysent dans les moindres détails ce qui se passe avant d’apporter leur contribution. On pourrait facilement mettre cette impuissance sur le compte de l’impossibilité ou du refus de formuler des hypothèses révolutionnaires, à part l’apologie du chaos et de la guerre civile. Mais elle a été plus largement produite par le sentiment d’extériorité posé à l’époque par l’ensemble du milieu anti-autoritaire : un milieu dont le rapport aux émeutes était alors plus spectaculaire que pratique, et qui était aussi englué dans une conception mouvementiste de la révolte, c’est-à-dire à la recherche de sujets auxquels se greffer. Comme si une révolte était figée dans le temps ou pétrifiée dans ses formes et ses objectifs immédiats, et surtout comme si elle n’était pas également le fruit de tous ceux qui décident de l’alimenter, loin de tout déterminisme qui serait quasi sociologique. Et comme si les complicités ne pouvaient pas également se nouer à l’intérieur de la conflictualité, chemin faisant.

Face à une situation de révolte sociale dont l’ampleur (par sa durée, sa diffusion ou ses formes) offrait des possibilités inédites, plutôt que de chercher à la cerner dans un rapport d’entomologiste (qui y participe, sur quelles bases, pour faire quoi ?), pourquoi n’était-il pas imaginable d’accueillir ce qui nous parlait en elle, ce dans quoi nous nous reconnaissions ? Non pas pour rejoindre acritiquement des « enragés » ou des « révoltés » mythifiés là où ils se trouvaient déjà, mais pour intensifier la rupture de la normalité et approfondir son expression, là où nous nous trouvions ? Et dans ce cas, qu’est-ce que nous voulions vraiment (au-delà des slogans classiques), et qu’est-ce que nous étions prêts à mettre en jeu, nuit après nuit, jour après jour ? Comment développer de l’intérieur de la révolte, sinon des espaces communs, au moins une dialectique riche de promesses et de complicités entre ceux qui la portent ? Voilà quelques-unes des réflexions qui n’ont que trop peu traversé les discussions entre camarades (au-delà des groupes affinitaires restreints), y compris quand il est devenu évident que le gigantesque incendie n’allait pas s’éteindre de sitôt.

Alors, si on n’est pas en quête d’excuses individuelles pour préserver un confort (théorique, pratique ou émotionnel), mais bien de pistes collectives pour subvertir l’entièreté de ce monde ; si ce n’est plus de mécanismes de représentation dans un milieu dont il s’agit, mais d’un saut dans l’inconnu du possible insurrectionnel, ce n’est qu’en se débarrassant de toutes les fausses questions de l’habitude militante qu’on pourra rencontrer quelques débuts de réponses.

…et quelques réponses

« Ce qui est « contre-productif » , ce n’est pas de cramer son quartier pourri, c’est de n’y voir que des actes manquant de « sens historique » , de « conditions objectives » et autres blas blas de marxistes de confort, bref de ne considérer ces événements que par le bout de la lorgnette médiatique ou d’une grille d’analyse obsolète »
L’essence de la révolte, tract de la Section Cosaques-Jabots de bois, Nantes, 18 novembre 2005

Les trois semaines (27 octobre-24 novembre) qui se sont illuminées nuit après nuit d’un feu contagieux à travers toute la France ont rapidement été perçues d’une manière qui indiquait trop bien d’où parlaient leurs auteurs.
Les organisations gauchistes ou libertaires y ont par exemple unanimement vu une « absence de conscience morale » (Lutte Ouvrière, 7 novembre), des « comportements irresponsables » (CNT-Vignoles d’Aquitaine), une violence qui « frappe au hasard » (Fédération anarchiste, 10 novembre), des actes « de désespoir » (LCR, 7 novembre) ou d’« autodestruction » (Coordination des groupes anarchistes, 9 novembre) inscrits dans une « logique suicidaire » (No Pasaran, 11 novembre). La Fédération anarchiste s’est de même associée le 13 novembre aux partis de gauche (Verts, PC, MJS), d’extrême-gauche (LCR, LO) et aux syndicats (CGT, UNEF, UNSA, Solidaires, Syndicat de la magistrature) pour signer un appel commun tentant de récupérer la révolte, au moment même où celle-ci commençait à marquer le pas. Toutes ces bonnes âmes préciseront que « faire cesser les violences, qui pèsent sur des populations qui aspirent légitimement au calme, est évidemment nécessaire » . Pour beaucoup de groupuscules gauchistes ou libertaires, si on feint d’oublier qu’ils étaient d’abord mus par l’hostilité et l’incompréhension face au caractère incontrôlé des événements, il aurait manqué une dimension politique de classe (c’est-à-dire, dans leur sale bouche, une « conscience » et une « organisation » ), et au moins le début d’une volonté constructive (soit des « revendications » ). Il n’est donc pas étonnant qu’aucun de ces professionnels de la politique n’ait témoigné de solidarité avec les émeutiers pendant de longues semaines, certains participant même à l’inverse à des rondes citoyennes pour s’interposer entre les flics et les révoltés, ou directement pour protéger la propriété privée, comme s’en est vanté le leader historique de la LCR.

Dans un deuxième temps, alors que les cendres n’étaient même pas tièdes, tout ce beau monde (et d’autres encore) s’est précipité pour exercer son habituel racket anti-répressif en réclamant une « amnistie » pour les émeutiers. Et c’est ainsi que beaucoup de ceux qui n’avaient au mieux pris part au conflit qu’en spectateurs, – au pire en pacificateurs –, ont décrété unilatéralement la fin des hostilités (rappelons que l’amnistie est le moment qui marque une défaite et qu’elle est accordée sous forme de grâce par le vainqueur en échange d’une reconnaissance de sa supériorité et de sa légitimité). Oubliant à dessein que ce qui s’était passé là n’était qu’un des épisodes d’une guerre sociale quotidienne, certes plus chaleureux qu’à l’ordinaire et ouvrant des possibles qu’ils ont soigneusement dédaignés sur le moment, ces cadavres tenaient une fois de plus à marquer que les révoltés ne les intéressent que morts ou embastillés.

L’orage sur le point de passer, certains camarades se sont engouffrés à leur tour dans le classique soutien militant aux emprisonnés, peut-être par dépit de n’avoir pas trouvé d’autres moyens pour participer à la révolte, mais en continuant surtout de maintenir un rapport d’extériorité avec elle. Le « comité de soutien aux prisonniers » de Toulouse, le « collectif état d’urgence » de Lyon, des individus à Grenoble ou l’assemblée réunie à la Bourse du Travail de Montreuil ont donc commencé à assister aux audiences des tribunaux. Au-delà des questions matérielles certes utiles, ils n’avaient souvent pas beaucoup plus à dire que : « la (votre) révolte est légitime » . Un texte distribué à l’assemblée de Montreuil suite à la manifestation du 3 décembre dans les cités de cette ville développera par exemple cette critique : « Je pense que l’existence de l’assemblée ne peut se fonder sur le seul mot d’ordre de Libération des prisonniers, ne serait-ce que parce que c’est la forme de solidarité coutumière et bien rodée sur laquelle nous nous replions faute de mieux, non pas dans le sens où nous n’aurions pas mieux à faire, mais plutôt parce que se mettre d’accord pour soutenir des révoltés interpellés semble parfois plus simple que de discuter ensemble des manières dont nous pourrions exprimer notre rage. C’est à mon sens cette position de soutien qui pose d’emblée les questions d’intériorité et d’extériorité entre un « eux » et un « nous » … Si c’est la rage qui s’est exprimée et ce contre quoi elle s’est exprimée que nous partageons, posons-nous la question de ce que nous pouvons en faire de manière offensive ». 

En face, l’Etat a mobilisé une grande partie de ses moyens policiers (dont sept hélicoptères équipés des dernières technologies à Lille métropole, Toulouse, Strasbourg, Rennes et en région parisienne) et décrété l’état d’urgence, en utilisant une loi d’avril 1955 datant de la guerre d’Algérie. Annoncé le 8 novembre par le chef de l’Etat, il entrera en vigueur le lendemain pour douze jours avec un couvre-feu dans 25 départements (sur simples décrets). Le 21 novembre, il sera prolongé pour trois mois suite à un vote au Parlement, et ce n’est que le 4 janvier 2006 qu’il sera levé.

Rappelons que la déclaration puis le vote de l’état d’urgence autorise notamment un grand nombre de mesures de police administrative (c’est-à-dire en dehors de toute procédure judiciaire), dont les perquisitions de nuit, les interdictions de séjour ou assignations à résidence de toute personne « cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics » , l’interdiction de toute « réunion de nature à provoquer ou entretenir le désordre » , la fermeture de lieux publics (y compris cafés, restaurants, salles de spectacle ou de débat), et l’interdiction de la circulation de personnes ou de véhicules dans les lieux et heures fixés par arrêté. Le recours à l’état d’urgence est venu rappeler qu’en cas de troubles sociaux persistants, le pouvoir dispose non seulement de ses hommes en armes, mais en permanence de tout l’arsenal législatif démocratique adapté pour museler, confiner et… interner tout civil « suspect » à grande échelle. Si cette mesure fut en réalité peu appliquée en dehors des couvre-feu, vu l’évolution de la révolte, elle était pourtant encore en deçà de ce que réclamaient de nombreux maires de toutes tendances (comme le socialiste Michel Pajon à Noisy-le-Grand ou le communiste André Guérin à Vénissieux), c’est-à-dire l’intervention directe de l’ensemble de l’armée !

Sans détailler plus avant le reste de ses dispositifs, précisons tout de même que, conjuguant comme d’habitude la matraque avec l’ensemble de ses autres médiations, l’Etat a utilisé tout le reste de son arsenal : appels au calme venus aussi bien des partis de gauche que des autorités religieuses (comme cette fatwa lancée contre les émeutiers par l’Union des organisations islamiques de France le 6 novembre), quadrillage des quartiers par les médiateurs municipaux, grands frères et autres parents-citoyens, promesses d’augmentation de subventions aux associations locales, voire prises de position médiatiques de footballeurs ou de rappeurs « comprenant les raisons » de la révolte tout en condamnant bien sûr son expression même.

Quant à nous, après de nombreuses insomnies volontaires et la recherche parfois désespérée de complices, nous voulons revenir à présent sur cet épisode non pas pour le magnifier, mais pour tenter d’en tirer quelques expériences et réflexions sur le fameux possible ouvert ou pas à ce moment-là. 

Pacification et révolte hexagonales 

Pensant en particulier aux compagnons qui luttent ailleurs dans le monde [1], nous allons revenir rapidement sur le contexte français dans lequel cette révolte s’est s’inscrite, et développer quelques aspects de ces trois semaines. Peu de textes ont en effet été écrits ici sur le moment même, et surtout bien peu ont été rédigés par la suite, en tout cas dans une perspective anti-autoritaire. Cela témoigne d’une incapacité assez générale à penser les luttes auxquelles nous prenons part, et parfois de la facilité consistant à nous jeter dans la lutte suivante en une sorte de frénésie activiste – celle contre le Contrat Première Embauche a commencé dès le printemps 2006 –, sans prendre le temps du bilan de nos activités et de l’approfondissement. 

Sans aucune prétention d’exhaustivité, et en jetant un bref coup d’œil dans le rétroviseur, la décennie post-68 a été plutôt conflictuelle en France, même s’il elle n’a pas connu comme en Italie cette génération qui a voulu monter à l’assaut du ciel. Qu’on pense par exemple dans leur diversité au mouvement anti-nucléaire, à la grève nationale des loyers dans les foyers Sonacotra de 1976, ou encore à toute cette partie du prolétariat qui a refusé d’aller à l’usine comme ses pères et s’est débrouillée pour survivre autrement. Pourtant, il faut bien constater que cette décennie a ouvert les portes aux différentes alternatives socioculturelles ou écologistes comme autant d’outils d’intégration, et porté une nouvelle classe dirigeante au pouvoir avec l’arrivée de gouvernements de gauche à partir de 1981. La restructuration économique qui a suivi durant deux décennies sous le signe de la pacification sociale a été logiquement ébranlée par des embrasements circonscrits, mais au-delà des poches de résistance de certains secteurs ouvriers liquidés (comme les sidérurgistes lorrains et ceux de Vireux) ou restructurés (comme les grèves de cheminots en 1986 et 1995), les épisodes émeutiers et de perturbations sont surtout venus de franges de la population déjà déclassée. 

« Vaulx-en-Velin : l’émeute. Neuf ans après Vénissieux, la maladie des banlieues n’est toujours pas guérie »
Le Progrès de Lyon, 8 octobre 1990

Une des premières « émeute de banlieue » qui fera date après une exécution sommaire par la police remonte à 1979 à Vaulx-en-Velin (cité de la Grappinière), dans la région lyonnaise. Elle sera suivie de près par les événements d’octobre 1980 à Marseille, où les jeunes des quartiers nord affrontent la police et saccagent une partie du centre-ville à la suite du meurtre d’un des leurs par un CRS. En 1981, c’est à Vénissieux (cité des Minguettes), toujours près de Lyon, qu’éclate l’émeute qui créera le standard médiatique du genre, avec sa cohorte de journalistes embarqués filmant affrontements et voitures cramées. Les années 80 et 90 continueront aussi d’être marquées par les émeutes dans ces zones périphériques, souvent suite à d’autres assassinats policiers, cette forme désormais classique de gestion du territoire. Pour la deuxième partie de cette période, la chronologie classique retient par exemple celles d’octobre 1990 encore à Vaulx-en-Velin, de mars 1991 à Sartrouville (Yvelines), de mai 1991 à Mantes-la-Jolie (Yvelines), de 1993 à Paris-18e, de 1994 en Arles (Bouches-du-Rhône), de décembre 1997 à Dammarie-les-Lys, de décembre 1998 à Toulouse ou d’avril 2000 à Lille. Ces émeutes duraient souvent quelques jours, et chaque assassinat policier n’a pas trouvé chaque fois de telles réponses. Précisons également qu’à côté de ces mouvements spécifiques, celles et ceux à qui l’avenir radieux promis à travers la promotion par l’école et l’intégration par le travail apparaissait toujours plus illusoire ont aussi manifesté leur rage lors d’autres occasions ponctuées par de nombreux affrontements, incendies et pillages : en 1986 au prétexte d’une réforme universitaire, ou en 1994 contre un énième contrat précaire (dans les deux cas, les lycées techniques se sont particulièrement distingués).

A travers ces quelques exemples qui n’épuisent pas la réalité, nous n’entendons pas démontrer l’évidence de la continuité de la lutte de classe ou de la guerre sociale, mais que l’Etat français est habitué à gérer des émeutes de banlieues pauvres et d’une partie de la jeunesse. Il s’agit de formes de contestation qui, bien que « radicales » , font partie depuis longtemps du mode de régulation de la conflictualité sociale. L’histoire récente des conflits ouvriers (et parfois paysans), avec séquestration de cadres, incendies et saccage de stock, bagarres avec les flics, menaces de faire sauter l’usine à la bonbonne de gaz, mise-à-sac de sous-préfecture ou autre en témoigne plus généralement. De même, quand le conflit menace de bloquer sérieusement le pays, on peut rappeler que l’armée est déjà intervenue, comme l’hiver 1986 pour briser la grève du métro parisien et du RER (en transportant les « usagers » dans ses camions bâchés), ou en 1992 avec ses engins du génie pour dégager des péages les camions de routiers qui menaçaient de paralyser l’économie du pays.

Alors, quand certains s’extasient sur les formes collectives (émeutes, pillages, blocages, sabotages) que peut parfois prendre la contestation sociale ici, nous souhaitons tout simplement les réinscrire au sein de rapports sociaux où la forme ne présage a priori rien du fond. Ce qui fait souvent la différence, ce n’est pas tant la question des moyens qui vont être employés pour parvenir à ses fins, mais bien ces fins elles-mêmes. 

Le syndicalisme informel (le « droit à ») ou l’émeute revendicative de « mouvements sociaux à la française » , au même titre que le réformisme armé dans d’autres contextes, ont toujours buté sur les mêmes écueils. En faisant de l’Etat leur interlocuteur, ils lui offrent une porte de sortie pour faire cesser les troubles et négocier quelque chose. Ils se posent dans un rapport de demander plutôt que de prendre et, en formulant des revendications précises, ils commencent par parler la langue du pouvoir. Peu importe ensuite que ces formes résultent d’un jeu entre la base et les appareils syndicaux, ou qu’elles relèvent davantage d‘un processus d’auto-organisation (comme ce fut le cas avec les fameuses coordinations d’étudiants, de cheminots, d’infirmières) qui déborde les professionnels de la cogestion de la force de travail. Le rapport de force qui s’instaure entre deux adversaires qui se reconnaissent mutuellement et souhaitent parvenir à un accord repose là sur une logique très différente de celle d’un mouvement de rage ou de révolte qui pourrait déboucher sur une subversion des rapports sociaux en s’étendant.

Précisons enfin que ces mouvements démarraient généralement pour s’opposer à une mesure du pouvoir, et non pas pour arracher un peu plus que des miettes, voire pour contester des pans entiers de l’ordre social (ce qui avait pu être le cas en 1968). Bien sûr, les mobilisations collectives partent en général d’un quotidien, d’une situation matérielle concrète, et pas nécessairement de grandes idées sur le monde. Bien sûr aussi, on parle d’une période de forte restructuration où le compromis fordiste d’après-guerre qui consistait à obtenir des améliorations (salaire, conditions de travail, chômage ou congés) en échange de la paix sociale est fortement remis en cause au profit du capital. Il est donc clair que les mouvements sociaux sont plus enclins à tenter de sauver les meubles qu’à conquérir quelque chose de mieux. Ces différents éléments, qui expliquent à la fois le caractère globalement défensif de ces mobilisations et l’attachement à l’Etat comme médiateur illusoire du conflit capital/travail, ne devraient pas faire passer la forme (parfois « radicale » ) pour le contenu.

Juxtaposer volontairement les explosions des banlieues et les émeutes de fractions de la jeunesse avec les mouvements de grèves et d’affrontements de divers secteurs salariés, permet d’emblée d’évacuer une quelconque spécificité « radicale » qui serait réservée à une catégorie particulière de protagonistes de la guerre sociale. Mais cela permet surtout de souligner une tension autrement plus intéressante : à côté de ce mouvement revendicatif de salariés qui tendait essentiellement à préserver ses conditions de survie contre une dégradation constante, et qui aspire encore à une gestion de gauche du capitalisme, s’est en effet développé un autre mouvement, plus diffus, et qui a également pu croiser le premier.

Il est lié aussi bien à une rage contre un sort de misère sans fin (la figure souvent ressassée du fils d’immigrés de banlieue ou d’ouvriers de zones désindustrialisées promis à des emplois subalternes et précaires alternant avec le chômage), que plus généralement à une révolte contre un existant rétréci et carcéral. Certains ont en effet compris petit à petit sur leur propre peau qu’ils sont face à une guerre totale qui ne s’en prend plus uniquement à un aspect ou l’autre des conditions de vie, conditions qu’on pourrait encore changer ou réformer (chômage, racisme, éducation, police). Que c’est désormais le fait même d’exister qui est attaqué, le fait de faire partie de cette masse de pauvres superflus pour le processus productif et destinée à pourrir sur place.

Ce mouvement est redevenu plus visible à partir des années 90 et s’est beaucoup affirmé ces dernières années, mais il ne va pas non plus sans antagonisme entre ceux qui attendent encore quelque chose du pouvoir (un bon travail et une formation adaptée, une police respectueuse et une justice équitable) ou luttent avec ses catégories et limites (revendications, collectifs représentatifs, délégation), et les autres. Un antagonisme qui traverse également chaque individu, et fera que si la rage reste toujours présente, la révolte, elle, pourra selon les cas s’acheter contre des miettes ou conduire derrière les barreaux. 

« L’avenir semblait sombre et l’on était loin d’imaginer que le réveil viendrait des lycéens. On percevait cette génération comme sage et conformiste avant l’âge, coincée entre technologie et mode, respectueuse de l’autorité et qui, lors de mouvements passés, avait l’air soucieuse de demander « plus de crayons et plus de pions pour étudier dans de bonnes conditions » , sans remettre en cause les institutions. Bien obligé de reconnaître qu’on s’est gourré. Le mouvement lycéen dure depuis trois mois »
Quatre pages de Alertez les bébés, juin 2005

Autour de novembre 2005, il faut bien avouer que quelque chose a changé. Ou plutôt, comme dans une histoire qui avancerait par bonds, que des pratiques se sont à nouveau répandues : mobilité sauvage, affrontements sporadiques, diffusion de groupes affinitaires, une certaine complémentarité entre les modes de manifester. Comme si le mouvement des enragés s’était étendu, ou avait désormais contaminé une partie de ceux qui, jusqu’alors, n’avaient pas encore pris acte que bien peu parviendraient à se faire une place au soleil. Au cours de cette période, des espaces se sont réouverts en offrant, au-delà des formes spécifiques, un nouveau partage possible : que la rage commune devienne révolte.

Dès le printemps, soit quelques mois à peine avant novembre, l’ensemble du mouvement lycéen contre la loi Fillon développait des modes d’expression moins encadrés (manifestations sauvages en petits nombres, blocages mobiles d’axes routiers ou de gares), permettant à beaucoup de se et de s’y retrouver, mais aussi de créer une diversité de pratiques au-delà des occupations de lycées ou des pillages, comme à Gare de Lyon. Plus généralement, ces rencontres – ou plutôt cette cohabitation encore confuse entre une quelconque revendication et une rage qui n’a d’autre objectif que de foutre le bordel –, se sont depuis multipliées : en plus du mouvement lycéen du printemps 2005, on pourrait aussi bien citer les mois du printemps 2006 dans de nombreuses villes contre une énième réforme de l’enseignement, ou les jours d’affrontements de mai 2007 suite à l’élection présidentielle de Sarkozy.

Si la révolte de novembre 2005 marquera alors plus qu’avant la réouverture de nouvelles possibilités, ce ne sera pas tant au regard d’une perspective insurrectionnelle (vu sa limitation dans le temps et l’espace, ses limites en terme d’implication de catégories plus larges, et surtout celles liées à son absence de perspective en positif), que de l’intensification de la guerre sociale dans un contexte particulier. Il est temps à présent d’entrer un peu plus dans le détail. 

Une révolte généralisée des banlieues ? 

Tout le monde se souvient peut-être que la révolte est partie de la périphérie parisienne, à Clichy-sous-Bois, suite à la mort de Zyed et Bouna (17 et 15 ans) le 26 octobre 2005. Poursuivis par la police, ils se sont réfugiés dans un transformateur électrique, où ils ont été fulminés. Metin, caché avec eux, s’en est sorti malgré de graves brûlures. Cet événement n’a rien d’exceptionnel dans ces zones quadrillées par des flics qui n’hésitent pas à harceler la population à coups d’humiliations, de contrôles, de fouilles, de tabassages ou de tirs de flash-balls. Et la suite aussi aurait pu se dérouler comme à l’ordinaire : des voitures brûlées et des jets de pierres contre la police du coin, une marche organisée par les proches et forcément silencieuse (il paraît qu’en se taisant, on respecte les morts… et pas en les vengeant bruyamment), une éventuelle rencontre avec les autorités, quelques promesses à la famille (un boulot, un appartement) en échange d’un appel au calme. Et la vie de relégation qui continue comme si de rien n’était. 

OutOfControlPresque tout cela a eu lieu, mais l’histoire n’en est cette fois pas restée là. Les trois premières nuits, des centaines de personnes de Clichy affrontent les flics avec des pierres et des feux d’artifice, s’en prennent à la mairie ou à la Poste, aux voitures et aux abribus. La deuxième nuit, les CRS se font même tirer dessus. Dès la quatrième, les jeunes de la ville voisine de Montfermeil incendient le garage de la police municipale en solidarité, et dès la cinquième des voitures brûlent dans tout le département de Seine St Denis, tandis qu’éclatent des affrontements avec les flics. Au bout de dix jours, on ne compte plus les banlieues de toute l’Ile-de-France puis de tout le pays, du nord au sud (à commencer par Bègles, Orléans, Rouen, Roubaix, Evreux, Perpignan), qui rejoignent peu à peu le mouvement. Cette extension géographique se poursuivra tout au long de ces trois semaines. Le gigantesque incendie qui allait déchirer ces longues nuits est donc clairement parti de certaines banlieues dans un mouvement en spirale qui part de Clichy vers les villes voisines, puis s’étend au département et à la région, avant de toucher d’autres cités de France, et même des quartiers de Belgique ou d’Allemagne. Toutefois, simplement réduire ce mouvement à une « révolte des banlieues » serait une erreur, certainement liée à l’impression qu’ont laissée les premiers quinze jours. 

La banlieue n’est que le nom générique des quartiers périphériques des grandes villes. Il inclut donc aussi bien des banlieues de riches que de nombreuses zones pavillonnaires qui n’ont suivi la révolte qu’à la télévision, ou parfois dans la rue, mais souvent pour y effectuer des rondes citoyennes et empêcher l’arrivée d’hypothétiques « hordes de barbares » . Précisons aussi, pour les camarades étrangers, que les banlieues ne sont pas toujours à l’image de celles de la grande couronne parisienne, avec ses immenses barres concentrant des dizaines de milliers d’habitants isolés géographiquement au milieu de nulle part, et enfermés entre voies express, autoroutes et réseau ferroviaire. Des enragés ont ainsi pu profiter du fait que certaines cités ne sont pas toujours repoussées très loin des villes, comme à Lille ou à Toulouse, et qu’elles peuvent même s’inscrire dans une continuité urbaine qui offre de nombreuses possibilités incendiaires (comme dans le Nord ou en proche banlieue parisienne).

A l’inverse, de nombreuses banlieues de pauvres n’ont pas participé à la fête. Ce qui pose notamment question, c’est que des quartiers qui défraient régulièrement la chronique n’ont pas jugé bon (ou quasi pas) d’alimenter cette révolte, même à ses moments les plus intenses, et lorsqu’il était clair qu’elle allait durer. On pense ici à la deuxième ville du pays, Marseille, alors que beaucoup d’autres métropoles régionales étaient désormais concernées (Lille, Toulouse, Strasbourg, Nîmes, Lyon, Pau, Grenoble,…), et à un certain nombre de cités de la banlieue parisienne. Les tentatives d’explication relèvent certainement du cas par cas, bien qu’on puisse citer en vrac la prégnance de rapports mafieux liés à la gestion municipale ou aux différentes formes d’illégalismes, et de réelles difficultés pratiques, comme dans le cas de Paris intra-muros, où elles étaient littéralement blindées de keufs. Un autre élément, est qu’il existe également des zones où les émeutiers étaient trop isolés et trop connus d’un voisinage immédiatement hostile pour participer pleinement aux événements : si beaucoup d’habitants ont été clairement solidaires malgré les fameuses voitures qui partaient en fumée – sans quoi cette révolte n’aurait pu tenir aussi longtemps dans beaucoup d’endroits –, il ne suffit pas d’être pauvre pour être révolté, ou simplement partager la pratique de l’incendie volontaire, sinon on le saurait depuis longtemps. 

Enfin, et c’est là un des aspects fondamentaux de ce qui s’est passé en novembre 2005, elle s’est étendue au-delà des banlieues. Les journaux, bien inspirés par les comptes-rendus quotidiens des préfectures de police, avaient bien entendu intérêt à se focaliser jour après jour sur ces zones, afin de pointer la monstruosité de l’antagonisme. Une mise à distance rendue possible par la figure du sujet fantasmé de la révolte, une sorte de barbare hyper violent, sans rationalité, d’origine immigrée et… banlieusard. Pourtant, y compris à travers ses bilans quotidiens (en particulier dans la presse régionale), on trouve trace de nombreux incendies dans des villages ou des petites villes sans banlieues. De même, les compagnons noctambules dans des endroits excentrés ne sont pas rares à avoir croisé d’autres petits groupes au cours de leurs déambulations.

Car, en fin de compte, vu que le port de la casquette n’est toujours pas indispensable pour pouvoir se servir d’un briquet, qu’y aurait-il de si étrange à ce qu’une partie de la population s’approprie cette méthode universelle d’exprimer sa colère : le feu ? Et puisqu’aussi bien la pratique du sabotage sur les lieux de travail est une arme traditionnelle de la lutte de classe, ou que certains ouvriers n’ont pas hésité par le passé à incendier (ou à menacer de le faire) le fameux outil de production (Moulinex, Cellatex, ACT,…), qu’y aurait-il de si étonnant à ce qu’une partie d’entre eux se soit à son tour saisi de l’occasion ? D’ailleurs, parmi les personnes ayant malheureusement été condamnées pour avoir incendié des entreprises, plusieurs étaient, ou avaient été, employées de ces établissements. Et n’oublions pas non plus la somme de vengeances personnelles contre l’édile du village, le facho du coin, ou des services sociaux toujours plus chiches.

Au final, il est clair que les près de 10 300 véhicules incendiés (dont beaucoup appartenaient à des services publics, plus des bus cramés par parking entiers, des voitures d’entreprises de location ou de concessionnaires) et les centaines de bâtiments touchés (dont 233 bâtiments publics et 74 privés détruits) dans plus de 300 communes, selon des chiffres officiels certainement minimisés, n’ont pas concerné exclusivement des banlieues, ni été le fait exclusif d’incendiaires vivant dans ces zones. Si la révolte y a débuté, elle commençait à partir de la troisième semaine à s’enrichir de façon quelque peu intéressante de nouveaux complices. 

Un langage commun : la destruction 

« Ca a été les hélicoptères autour de nos têtes la nuit, le couvre-feu et pourquoi pas l’armée. Pour finir la guerre. Ou alors balancer du fric à toute la clique associative, des boulots de larbins pour faire patienter. Mais on ne quémande pas un boulot, c’est la vie entière que l’on veut bouffer »
C7H16, revue à numéro unique, 2006

Le dépassement des médiations traditionnelles et l’absence de revendication dans cette révolte a manifestement pas mal perturbé les spécialistes stipendiés pour disséquer la parole des autres. Certes, les micros ont bien trouvé ici ou là des bouffons, si possible labellisés « banlieue » , prêts à exposer leur idée sur ce qui pouvait bien motiver ce grand incendie apparemment sans queue ni tête. Mais leur réponse a souvent été si dérisoire que personne ne pouvait sérieusement y accorder quelque crédit. Ce qui a échappé à tous ces récupérateurs orphelins de mots est précisément ce lent mouvement qui courait depuis deux décennies, alimenté par l’existence croissante de pauvres qui non seulement ne se font plus d’illusions sur ce que ce monde peut leur offrir – expérience oblige –, et qui portent aussi en eux une rage et un dégoût qu’aucun mot ne suffit à contenir.

On nous a ainsi dit que les révoltés ne parlent pas, et pourtant leur révolte s’est répandue comme une traînée de poudre en quelques jours, parcourant des milliers de kilomètres. On nous a dit que les révoltés n’entendaient et ne comprenaient rien, et pourtant ils ont réussi à mettre en échec la police de villes entières nuit après nuit. Le langage du feu a donc été plus clair que cent paroles, et a été compris par des dizaines de milliers de personnes. Ce que novembre 2005 a alors montré de façon éclatante, c’est que lorsqu’existe un sentiment commun (même négatif) lié à une condition similaire, il n’est nul besoin de mots d’ordres (pas même un consensuel et démagogique « Sarko dégage ! » ) ou d’organisation collective formelle pour attaquer efficacement ; c’est que le langage peut très bien se passer de revendications pour se transformer en actes, et même en actes très ciblés et répétés à grande échelle.

Faute de le comprendre, certains sont allés à la pêche aux causes supposées de la révolte – baisse des subventions aux associations à tel endroit, manque d’embauche de personnes de la cité dans les zones franches, difficultés dans l’approvisionnement en cannabis, etc. –, sans pouvoir imaginer que les objectifs visés par les révoltés en disaient long : c’est l’ensemble des structures étatiques (commissariats et écoles, mairies et perceptions, centres culturels et Poste, transports et ANPE) et privées (zones franches et entrepôts, centres commerciaux et permanences politiques) qui ont été livrés aux flammes de façon continue.

Pendant ces trois semaines, il y avait quelque chose de bien plus fort que des revendications : l’affirmation sociale qu’il n’y a plus rien à améliorer dans ce monde, plus rien à réformer, mais tout à détruire. Que rien de ce qui nous est « offert » (le gymnase comme l’école, l’entreprise comme le supermarché) n’est à préserver, n’en déplaise à tous ceux qui refusent par exemple de voir l’oppression dans les « services publics » de l’Etat. Le rapport social qui s’est matérialisé à cette occasion était on ne peut plus clair : dans leurs pérégrinations, les dizaines de milliers de révoltés ne se sont de fait pas attaqués à une injustice ou à une inégalité particulières (l’urbanisme pénitentiaire, les assassinats policiers ou le racisme et l’exclusion des banlieusards), mais à tout ce qui produit leur condition même d’individus superflus, c’est-à-dire à l’ensemble d’un monde désormais placé sous le règle de l’atomisation et de la massification. 

Et si ce rapport a pu sembler radical, tant il ne recherche rien « en positif » (du moins pas sur la courte durée de cette révolte), ce ne fut ni par son degré de « violence » , ni pour ses conséquences sociales. Dans un monde basé sur la violence de l’exploitation et de la domination, on ne peut en effet pas vraiment dire que le degré de « violence » des révoltés soit un critère de radicalité. Quant aux conséquences sociales, sans préjuger du futur (c’est-à-dire des fruits et des rencontres acquis lors de cette expérience), c’est plutôt à l’isolement partiel de tous les révoltés de novembre auquel on a assisté. Son caractère radical, c’est plutôt la dimension générale qu’il a soulevé qui le lui a donné : celle d’une critique impitoyable de ce qui fait ce monde, une critique basée sur la destruction (non pas sur l’autogestion par exemple), et portée par la condition réelle de larges franges de la population pauvre, sans illusion. C’est même d’ailleurs ce qui a permis à des milliers d’autres de s’y retrouver, même si leur nombre est resté limité.

On notera aussi dans ce sens que malgré les nombreuses occasions qui se sont présentées, peu de commerces et d’entreprises ont finalement été pillés, et bien que cela puisse être une pratique banale dans la normalité de la survie quotidienne. La plupart ont été livrés aux flammes. Tout en se gardant d’interpréter cela avec des lunettes d’idéologues pour y voir un peu rapidement une franche critique de la marchandise (« le passage de la consommation à la consumation » comme disait l’autre à propos des émeutes de Watts de 1965), il n’en demeure pas moins que cette tension entre pillage et incendie a largement basculé en faveur du second au cours de ces trois semaines… L’existence même de cette tension, et sa conclusion provisoire éminemment pratique, en dit également assez long sur la critique sociale élaborée à ce moment-là, sans concertation, par l’ensemble des révoltés. 

Groupes affinitaires et incendie volontaire 

Le dernier point qu’il reste à aborder est donc justement celui des formes d’auto-organisation à l’intérieur de ce mouvement. Si nous parlons de révolte, et pas simplement d’émeutes classiques, c’est d’abord parce qu’elle a dépassé une zone et une fraction précise de la population, et ensuite parce que son contenu a dépassé l’opposition à quelques aspects limités de la domination pour s’en prendre à une condition d’existant plus générale. Mais c’est aussi parce que si l’émeute s’incarne traditionnellement dans des formes collectives comme de grands affrontements en face-à-face avec les flics ou des pillages et saccages de masse sur un territoire donné, force est de constater que se sont plutôt d’autres formes qui ont prévalu cette fois. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il y a eu relativement peu de flics blessés, à peine 224 sur les 11 700 déployés, et par contre beaucoup d’incendies. Et même là où ces affrontements ont eu lieu (Clichy/Montfermeil, Toulouse, Grigny, Lyon, Aulnay,…), il ne s’agissait plus tant de tenir un endroit pour affirmer la force de son quartier face aux autres ou pour prendre le temps de s’organiser, mais de développer une « guérilla urbaine » dont l’objectif principal était de blesser un maximum de bleus (guets-apens, tirs d’armes à feu). L’exemple le plus abouti en la matière se déroulera deux années plus tard à Villiers-le-Bel suite à deux nouveaux morts (15 et 16 ans), lorsque 118 flics seront blessés par 81 tirs d’armes à feu en à peine deux nuits (25 au 27 novembre 2007).

Ces autres formes se sont développées en s’adaptant d’un côté aux maigres possibilités laissées par l’ennemi dans les quartiers mêmes (le déploiement policier de nuit et l’occupation permanente de jour suite au couvre-feu), et de l’autre en fonction de l’emplacement des objectifs choisis par la plupart des révoltés. Une fois détruit tout ce qui pouvait l’être immédiatement (c’est-à-dire pas grand chose dans ces zones là), des voitures aux rares commerces et matériel urbain, et ne pouvant tenir frontalement face à des uniformes qui gagnaient en agilité comme en supériorité numérique et matérielle nuit après nuit, l’intelligence collective s’est en effet spontanément orientée vers la mobilité et la multiplication des groupes autonomes. Si on a déjà vu comment cela a pu modifier la teneur des affrontements lorsqu’ils se sont produits, la conséquence principale de ces pratiques fut que les centaines de groupes qui ont délaissé la défense quasi militaire et centralisée de leur territoire (à laquelle voulaient les acculer les flics) sont partis répandre l’incendie à des kilomètres de là : dans les zones franches peuplées d’entrepôts et dans les zones commerciales, dans les parties accessibles des petites villes avoisinantes et dans les cités administratives.

Si ces formes sont bien sûr restées collectives, elles ont été généralement plus organisées autour de petits groupes diffus d’individus mobiles que par vagues d’émeutiers concentrés. Groupes alors logiquement plus volontiers auto-organisés par affinités (comme copains de bahut ou de foot) que par « bandes ethniques » , selon le cliché raciste en vogue. Lorsqu’il s’agit de porter l’attaque plus loin de ses bases, ce qui était souvent le cas des plus âgés des révoltés (les petits s’exerçant à l’inverse à multiplier les incendies de véhicules et les dégradations), les rapports de confiance, d’amitié et d’expérience commune dépassent rapidement ceux de simple cohabitation forcée ou de fausse appartenance. Ajoutons à cela que d’autres groupes et individus d’âges divers, plus isolés ou habitant simplement des zones différentes, ont à leur tour alimenté un peu partout le débat en cours en arpentant des endroits plus inattendus (des lieux de production – comme ce studio de production télévisuelle abritant les décors de TF1 à Asnières/Seine –, à ces voitures de police garées dans l’enceinte du palais de justice de Bordeaux). 

Avec son armada de CRS et de gendarmes pour « saturer le terrain » , ses mesures administratives (état d’urgence, couvre-feu pour les mineurs, interdiction de la vente au détail de carburant et sans pièce d’identité) et ses unités mobiles de BAC pour serrer les émeutiers en action, le premier bilan de la répression ne pouvait qu’être pesant : en octobre 2006, le ministère de l’Intérieur revendiquera près de 4 700 arrêtés en « flagrant délit » , plus 1 300 dans le cadre d’enquêtes judiciaires après les événements. Celui de la Justice se vantera de 1 328 incarcérations (dont 108 mineurs, plus 494 présentés à un juge pour enfants).

Pour donner quelques exemples de peines, de types de délits et de la diversité des villes, voilà un triste tableau qui parle de lui-même : 2 mois ferme plus 6 avec sursis pour des jets de projectiles à Bobigny le 31 octobre, 8 mois ferme pour jets de projectiles à Toulouse le 7 novembre, plusieurs condamnations de 8 à 12 mois ferme pour violence volontaire à Evreux le 7 novembre, deux condamnations à 8 mois et 1 an ferme pour fourniture d’essence à des mineurs à Nanterre le 8 novembre, deux condamnations à 4 mois ferme pour l’incendie d’une voiture à Nancy le 8 novembre, deux condamnations à 3 et 4 mois ferme pour fabrication et transport d’un molotov à Nantes le 8 novembre, 13 mois ferme pour jet d’un engin incendiaire contre un tram à Grenoble le 10 novembre, 1 an ferme pour incendie d’un transformateur EDF à Vallauris le 10 novembre, 2 ans ferme et deux fois 18 mois ferme pour trois incendiaires d’un bâtiment public à Caen le 14 novembre, 4 ans ferme pour incendie de deux grands magasins (But et St Maclou) à Arras le 15 novembre, 3 ans ferme pour destruction au molotov de trois bus à Vienne le 17 novembre, 2 ans ferme et 1 an avec sursis pour l’incendie de treize voitures à Cholet le 18 novembre. D’autres procès liés à la révolte de novembre 2005, souvent encore plus pesants, se dérouleront plusieurs années après. Un des cas le plus emblématique des peines distribuées par la suite dans l’indifférence générale est peut-être ces émeutiers du quartier de Pontanézen, à Brest, dont trois seront condamnés à 6 ans, 2 ans et 18 mois en appel le 31 mars 2009, accusés d’avoir tirés sur des flics le 7 novembre. Un quatrième, en fuite, prendra quant à lui 4 ans ferme dans la même procédure pour l’incendie d’une école maternelle.

Quant aux fameux étrangers, dont Sarkozy agitait l’expulsion en cas d’arrestation le 9 novembre, ils seront 83 à être incarcérés (soit la même proportion qu’ils représentent dans la population, 6 %) et quelques uns finiront pour l’exemple baîllonnés et menottés à l’arrière d’un avion, dont un Malien de 22 ans le 3 février 2006, et un Béninois de 20 ans le 25 février. Cela n’empêchera pas toute la propagande de continuer à se déchaîner, jouant volontiers sur diverses catégories d’ennemis intérieurs créés à dessein, pour continuer d’assimiler « racaille » à banlieusard, banlieusard et immigré, et pour boucler la boucle, immigré à terroriste en puissance. 

Novembre 2005 et la question de l’insurrection 

« Si la violence devait seulement nous servir à repousser la violence, si nous ne devions pas lui assigner des buts positifs, autant vaudrait renoncer à participer en anarchistes au mouvement social, autant vaudrait se livrer à sa besogne d’éducationniste ou se rallier aux principes autoritaires d’une période transitoire. Car je ne confonds pas la violence anarchiste avec la force publique. La violence anarchiste ne se justifie pas par un droit ; elle ne crée pas de lois ; elle ne condamne pas juridiquement ; elle n’a pas de représentants réguliers ; elle n’est exercée ni par des agents ni par des commissaires, fussent-ils du peuple ; elle ne se fait respecter ni dans les écoles ni par des tribunaux ; elle ne s’établit pas, elle se déchaîne ; elle n’arrête pas la Révolution, elle la fait marcher sans cesse ; elle ne défend pas la Société contre les attaques de l’individu : elle est l’acte de l’individu affirmant sa volonté de vivre dans le bien-être et dans la liberté »
La revue anarchiste, 1922.

A l’aune de tous ces éléments, un constat s’impose : ce mouvement de révolte ne correspond plus au vieux mouvement ouvrier et à la vision passée de l’insurrection. Dans nos classiques anarchistes, on avait en effet d’un côté la théorie d’une classe qui devait à la fois s’affirmer pour se confronter au capital, tout en étant obligée de se nier en tant que telle pour l’abolir, et d’un autre côté des individus qui s’organisaient en son sein pour lancer des insurrections en profitant de rapports de force moins défavorables, comptant y parvenir à travers leur côté exemplaire et le partage de leurs objectifs. Le langage y tenait une part importante (propagande orale et écrite, armée ou non), et les terrains susceptibles de mener au point de rupture restaient divers : radicalisation de revendications ouvrières, agitation autour de la vie chère, fraternisation de la troupe avec des révoltés, prise de territoire,… Or, à présent que les révoltes qu’il nous est donné de vivre ici et qui portent un contenu radical (et non pas uniquement des formes) sont plus mues par une rage ou un dégoût, bref par une négativité, que par une aspiration commune qui ferait de la destruction du vieux monde un moment d’ouverture (nous ne parlons bien entendu pas de l’horreur d’un programme), peut-on encore les analyser de la même manière ?

Si on suit l’esquisse de définition de la présentation du dossier de ce numéro, ce qui différencierait une révolte généralisée d’une insurrection serait notamment le fait de porter « un rêve révolutionnaire » , le rêve d’un monde autre, de développer une critique sociale qui contienne les germes de la société future. Si on pense par exemple en partie aux insurgés de 1848, à ceux de la Commune de Paris en 1871, aux Espagnols de 1936 et d’avant, aux partisans dans de nombreux pays en 1944/45, ou encore aux insurgés de Budapest en 1956, il est clair que c’est aussi en positif qu’ils se battaient : on pourrait dire que c’était pour un monde d’égalité et de liberté, de partage et justice pour reprendre leurs mots. Ce qui a changé depuis, ce n’est certainement pas la domination, qui continue de semer la misère et la mort aux quatre coins de la planète au nom du profit de quelques uns. Ses derniers développements techno-industriels l’ont même conduit à pénétrer nos corps et à ravager la terre de manière irréversible, tout en faisant planer une menace de catastrophe majeure permanente, avec par exemple la multiplication d’installations nucléaires.
Alors ? Ce qui a changé dans les paradis marchands de la démocratie occidentale, c’est non seulement le degré d’aliénation et d’adhésion à ce système, produisant une relative pacification sociale, mais c’est surtout la difficulté à imaginer un monde différent : il n’y a par exemple plus de communautés paysannes ou de classe ouvrière, c’est-à-dire de commun, pour en poser les bases. Il ne reste que le négatif, l’opposition à la communauté du capital à partir d’elle-même, c’est-à-dire détruire tout ce qui nous fait exister en tant qu’exploités. Expression de ce négatif à l’œuvre, le mouvement de novembre 2005 nous en montre à la fois des limites et des possibles. Car s’il n’a pas été un classique mouvement de banlieues, bien qu’il en soit parti, il n’a pas été non plus un mouvement pré-insurrectionnel. Il a plutôt été une révolte sociale diffuse qui s’est épuisée faute de participants, de temps et d’espace. 

Sa courte durée n’a d’évidence pas permis à bon nombre de personnes de rejoindre cette révolte, ni d’y développer d’autres formes que la destruction incendiaire nocturne. Un dépassement de ses composantes sociales initiales (jeunes de périphéries urbaines, chômeurs, révoltés) était certes en germe, mais quelques semaines semblent manifestement un laps de temps encore trop court pour qu’une partie de ceux qui pouvaient partager ses raisons ne se décident à l’investir. D’autre part, cette même limite qui n’était évidemment pas du fait des révoltés, a aussi explosé à la face de tous ceux qui, tout en ne se retrouvant cette fois pas dans les formes développées en novembre, n’ont pas réussi à y apporter des contributions par d’autres moyens (manifestations, grèves, occupations, sabotages, perturbations). En fin de compte, cela ne reflète que trop clairement la profondeur du désastre de l’atomisation (avec qui prendre des initiatives ?) et de la perte d’autonomie (comment organiser quelque chose, et quoi ?), qui sont une des marques de notre dépossession.

Cette dimension temporelle comporte également un second aspect, qui n’est pas immédiatement réductible la durée : la transformation du temps social en un moment de rupture, afin qu’il cesse d’être uniquement celui de la concurrence, des obligations et de l’ennui, et qu’il devienne – même provisoirement – celui d’une liberté qui permet l’imagination pratique et l’enthousiasme projectuel, la discussion et l’auto-organisation. Pour disposer de ce temps différent, il faut l’arracher aux impératifs sociaux. Par exemple, même sans penser que la grève sauvage générale est encore un préalable nécessaire, on ne peut négliger qu’elle a permis en mai 1968, volens nolens, à des millions de personnes de rompre avec la routine de la survie et de commencer à « être au-dessus de soi-même » . Lorsqu’on parle de briser le cours de la normalité pour créer ce temps nécessaire, cela signifie donc d’abord provoquer une rupture avec le rythme quotidien du capital, celui du salariat, de l’école ou de la télévision.

Les transformations et restructurations de l’appareil productif conjuguées au progrès de la domestication éloignent désormais toujours davantage les possibilités d’une paralysie, même partielle, par la grève générale illimitée. Par contre, vu que des masses de pauvres ne sont plus tant liés ici par leur concentration dans de vastes bagnes industriels ou sur leurs territoires attenants, il n’est pas étonnant que la piste du blocage (des rues, des gares, des axes de contournement des villes ou des zones marchandes) se voit réexplorée dans les luttes un peu partout à travers le monde, des piqueteros argentins aux paysans grecs. Si peu de révoltés se sont attaqués en novembre 2005 à la circulation des marchandises et aux infrastructures qu’elles impliquent, on verra par contre cette pratique se développer juste après, lors du mouvement du printemps 2006, dont le blocage de l’économie était d’ailleurs devenu un des axes de lutte. 

Un autre aspect crucial qui a manqué à cette révolte pour qu’elle déploie toutes ses ailes, a été l’émergence d’un nouvel espace social, qui seul peut commencer à briser les séparations, les rôles et les hiérarchies. Il serait ainsi vain de cacher une limite de ce mois de novembre 2005, qui fut la reproduction des rôles sociaux. Bien sûr qu’une grande partie des zones concernées sympathisait avec la révolte (pour offrir protection, ravitaillement ou mobilité aux émeutiers), mais cela eut lieu sans que les rôles hommes/femmes, parents/enfants ou grands/petits frères soient par exemple beaucoup remis en cause. De la même façon, les séparations artificielles créées, alimentées et reproduites entre les exploités ont été peu dépassées, ce qui a largement permis au pouvoir d’isoler les protagonistes initiaux de la révolte en jouant de tous les clichés et de toutes les peurs. Surtout, cela a empêché nombre d’exploités critiques de se reconnaître dans cette révolte, malgré la clarté des cibles visées.

L’irruption d’un nouvel espace social, compris comme terrain d’expérimentations et de rencontres inattendues, et pas uniquement comme espace physique lié à une libération de territoires, est d’importance cruciale. Si on part en effet du constat précédent du « négatif » où la seule communauté qui reste est celle du capital, le signe de tout début d’émancipation effective sera dans l’amorce du bouleversement de ces rôles et séparations, c’est-à-dire à travers une subversion des rapports sociaux. Même si chacun part forcément de ce qu’il est, l’extension de la révolte signifie non seulement que nombreux sont celles et ceux qui s’y reconnaissent au-delà des catégories, mais aussi que s’instaure une dialectique réelle entre ces différents révoltés. Et pour que cette dernière se produise, au-delà du temps arraché qui permet auto-organisation et début de projectualité, il y a nécessité d’un espace de confrontation. Si on a souvent entendu que, dans un monde totalisant, attaquer un de ses nœuds revient immédiatement à toucher l’ensemble, la rupture du cours de la normalité en offre un exemple supplémentaire : dès le commencement d’une révolte, le blocage des transports routiers et ferroviaires, ou la perturbation des transmissions électriques (des commerces, administrations, entreprises), numériques et aériennes (des radars, téléphones, radios/télévisions) offre aux insurgés à la fois la possibilité d’accélérer le temps historique et de provoquer l’ouverture de cet espace qui lui sont vitaux.

Dans un monde qui pousse sans cesse à la guerre civile, une grande partie de la population se raccroche encore à l’Etat dans l’espoir de préserver le peu qu’il lui reste. En novembre 2005, les rencontres permises par l’intensification de la guerre sociale et qui peuvent aboutir à une révolte généralisée se sont peu produites. En décembre 2008 en Grèce, elles se sont cherchées. Dans les deux cas, on a assisté à une explosion de rage qui est devenue révolte, mais l’extension sociale de cette dernière s’est à chaque fois heurtée à ce même manque de temps et d’espace, oxygène indispensable pour une subversion des rapports sociaux. Ce qui a peut-être manqué dans les deux cas est alors ce petit rien qui n’a guère trouvé de partisans, malgré la quantité d’incendies volontaires : la rupture avec la routine de l’exploitation pour une grande partie de la population, suite au sabotage conséquent d’infrastructures de transport et de communication. 

Une question reste toutefois encore en suspens : le passage de révoltes généralisées à l’insurrection, c’est-à-dire le dépassement du seul négatif contre certains aspects de la domination, et « le rêve d’un monde autre » .

Exceptés quelques contextes spécifiques où une continuité du mouvement révolutionnaire et une histoire particulière des luttes rendent encore cette aspiration possiblement diffuse, les seuls projets critiques « en positif » semblent désormais être plus du côté de la réaction : le retour à un Age d’Or (incarné dans des formes communautaires précoloniales ou précapitalistes qui n’ont jamais eu un goût très prononcé pour la liberté des individus), ou une restauration de la peste religieuse (véhiculée par certaines sectes protestantes comme par les tenants d’un islam radical).
Face à cela, certains pourraient se rassurer en se disant que le problème de la révolte de novembre 2005 a plus concerné sa généralisation que son contenu (bien que limité), et que c’est donc dans cette direction qu’il faut creuser pour chercher un « positif » commun et émancipateur. Cependant, on ne peut pas dire que nous nous trouvions en France dans une période d’intense conflictualité – les années 70 sont loin –, et cette révolte reste pour l’heure assez exceptionnelle.

On peut bien aussi affirmer qu’une des questions à soulever n’est pas tellement « pourquoi ça a explosé ? » mais plutôt « pourquoi ça n’explose pas plus souvent ? » , il demeure que la domination prend toujours plus d’avance sur l’antagonisme, ce qui lui permet par exemple de multiplier les mesures préventives (extension de la vidéosurveillance, formes d’incarcérations toujours plus diversifiées et massives, pénalisation plus lourde d’ « incivilités » et création de nouveaux délits, augmentation incessante de gardiens de paix sociale, préparation à des interventions conjointes police/armée). Qui plus est, expérience historique et lucidité sur les expressions contemporaines de rage obligent, on sait bien que la tension guerre civile/guerre sociale traverse toute la société, mais aussi chaque individu : dans une situation d’émeute, le meilleur comme le pire peut se produire, et une même personne peut accomplir l’un comme l’autre en fonction des moments et des situations.

La révolte de novembre 2005 en France ne nous laisse pourtant pas tout à fait orphelins, y compris si l’observation de la conflictualité – au moins en Europe – nous porte plutôt à parier sur une dissémination d’émeutes, c’est-à-dire sur un antagonisme privé de projectualité qui peut exploser dans n’importe quelle direction. Elle offre même une hypothèse précieuse aux analystes du réel les plus pessimistes : le négatif de la révolte n’a pas été entièrement rattrapé par ce que d’aucuns réduisent au nihilisme de la domination. Mieux, si l’explosion de novembre n’était pas l’exception qui confirme la règle mais l’expression encore balbutiante du retour d’une critique sociale radicale de tous les aspects de l’existant (le rêve en moins), il reste sérieusement envisageable, au moins ici, de penser œuvrer au sein du négatif en vue de maintenir et de partager nos rêves. Ce n’est pas le retour des Cosaques, mais un horizon qui reste accessible : celui d’une révolte diffuse qui pourrait peut-être se transformer en une forme d’insurrection encore inédite, si elle parvient à rencontrer suffisamment d’espace et de temps. Un espace et un temps que les anarchistes peuvent certainement contribuer à approfondir s’ils ne renoncent ni à leur éthique individuelle face à des situations de révolte toujours plus ambiguës, ni à leur projectualité au nom de la complexité des formes actuelles de la domination.

[Paru dans A Corps Perdu, revue anarchiste internationale, Paris, août 2010.]

Notes

[1] Où les informations ont certes manqué, mais où la déformation produite aussi bien par le prisme télévisé que par certains textes disponibles n’a pas aidé. Nous pensons notamment à l’Espagne avec les fantasmes de Miguel Amorós (La cólera del suburbio in Golpes y contragolpes, ed. Pepitas de calabaza & oxigeno, Logroño, décembre 2005, pp. 83-95) et à l’Allemagne avec les inepties journalistico-sociologiques parues dans Banlieues. Die Zeit der Forderungen ist vorbei, Assoziation A, Berlin/Hambourg, septembre 2009, 280 p.

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Deux poids, deux mesures

De l’onanisme en milieu militant

Avec la même unanimité que l’on peut voir aujourd’hui pour encenser les emeutiers grecs, après les émeutes urbaines de 2005 en France, un cortège de communiqués ont condamné les violences. Les émeutiers, ici, sont des « irresponsables », des « inconscients » qui « se tirent une balle dans le pied » et se mettent « les leurs » à dos. Les leurs ? Voici le meilleur moyen de souligner la séparation entre « les militants » qui pondent leurs analyses tranquillement installés dans leurs sièges au coin du feu et ceux, que beaucoup d’entre eux s’amusent à appeler « les masses », qui elles s’insurgent en foutant le feu.

Suite à la mort de Bouna et Zied, la révolte était au mieux « compréhensible », mais ce n’était pas la « bonne » révolte, LA révolte « politisée » (celle qui aboutirait à la Révolution Sociale), et les cibles n’étaient pas les bonnes non plus ; foutre le feu oui, mais pas à l’école primaire de la ville, pas aux associations de « grands frères » chargées d’assurer la médiation, pas à la voiture du voisin prolétaire, pas à la bibliothèque du quartier, pas aux entreprises qui amènent « l’égalité des chances » dans les banlieues parce que faire « cela » revenait à un suicide politique.

Mais était-ce vraiment le choix des cibles qui démangeaient nos révolutionnaires franchouillards ? On se pose la question quand on voit les réactions de ces mêmes personnes lorsque le même type d’événements a lieu en Grèce , mais cette fois, lorsqu’ils sont « produits » par des personnes qui ajoutent un A cerclé et autres signes de reconnaissances tribaux sur les murs (comprenez : « par des gens déjà conscientisés »).

Dans le premier cas, il s’agit « d’irresponsabilité », dans l’autre, c’est « l’insurrection qui vient ». Ce qui semble cristalliser l’attention de nos révolutionnaires dans ces émeutes à l’étranger, c’est le folklore militant.
En effet, la France est un des pays où ont lieu le plus d’émeutes urbaines, et ce depuis le début des années 80 (depuis Vaulx en Velin en 79). Encore il y a peu, Vitry-le-francois, Roman-sur-Isere, Villiers-le-Bel, Grigny, La Courneuve, Les muraux etc. ont explosé. Mais personne aux balcons, finalement, c’est devenu si commun de se révolter dans les banlieues…
Seulement, dans ces milieux, l’exotisme règne. La France, ses banlieues pourries, ses « racailles obsédées par l’argent facile et le bizness » et sa « jeunesse dépolitisée » contre la Grèce, son soleil, ses îles fleuries et ses black blocs photogéniques.

Ces « analyses » militantes créent donc une hiérarchisation entre les explosions de rage régulières des banlieues et celles, plus sporadiques, comme à Oaxaca ou en Grèce. Ils reconnaissent donc à certaines populations le privilège d’être le ou les « sujets révolutionnaires », tandis que d’autres restent, à mot couvert, des avatars modernes du lumpenprolétariat, incapables d’aller au delà de la révolte. Car les révoltes, dans leurs esprits, ne sont bonnes qu’à être le prélude du Grand Soir, ou d’un hypothétique processus révolutionnaire, ce qui revient au même.

Une étrange compétition semble alors s’installer, entre ceux et celles qui ne feraient « que » cramer la voiture de leur voisin, l’école de leur petit frère ou le bureau de poste de leurs parents, et ceux qui ont déjà tout compris, ceux qui s’en prennent directement aux symboles du Pouvoir. Pourtant, les cocktails Molotov sont de même facture, et une école qui brûle reste une école qui brûle, d’Ithaque à Aubervilliers.

Il est bien plus facile pour un libertaire, un trotskiste ou n’importe quel autre gauchiste de s’identifier à un étudiant de classe moyenne, déjà actif dans les mouvements sociaux et surtout, affublé des mêmes symboles folkloriques qu’à un individu qui n’a pas la même « culture politique » et qui d’ailleurs n’a pas forcément attendu de lire l’intégrale de Bakounine pour foutre le feu à ce monde. La rage spontanée des pauvres, elle, n’a rien de folklorique ; elle n’est ni esthétique ni pompée d’un manuel commercialisé à la Fnac.

Dans les divers commentaires à propos des révoltes en Grèce, on a pu lire que le Pouvoir se chiait dessus, qu’il était à deux doigts de vaciller, que l’insurrection se propageait à vitesse grand V, et autres projections fantasmées. Faux, la révolte était somme toute balisée, elle est restée dans un cadre « classique », connu par les forces de l’ordre, et ce , quelque soit le nombre de banques cramées. Si l’insurrection venait vraiment, ce ne serait pas des grenades lacrymogènes que l’Etat enverrait, mais l’armée.
En 2005 par contre, peu après les premiers tirs en direction de la police et le relatif retour au « calme », une note interne des renseignements généraux décrivait la situation comme « insurrectionnelle ». En effet, dans cette note de huit pages de la D.C.R.G. nommée « crise des banlieues : violences urbaines ou insurrection des citées ? » on pouvait lire : « la France a connu sous forme d’insurrection non organisée avec émergence dans le temps et dans l’espace, une révolte populaire des citées, sans leader et sans proposition de programme » et ce, en totale contradiction avec leur ministre de tutelle de l’époque. La note rajoute : « aucune manipulation n’a été détectée, permettant d’accréditer la thèse d’un soulèvement généralisé et organisé ». Cette fois-ci, la France s’est véritablement chiée dessus, dans des proportions incomparables avec d’autres crises « politiques » comme le CPE. Le déploiement des hélicoptères de surveillance et les mesures de couvre-feu en témoignent. Le 8 novembre, De Villepin décrète l’Etat d’urgence, autorisant ainsi les préfets à mettre en place des mesures « exceptionnelles », alors même que le « calme » était peu à peu en train de revenir.

Le but de ce texte n’est pas de minimiser une révolte ou d’en maximiser une autre, mais de mettre les militants face à leurs contradictions. Pourquoi eux se permettent-ils de maximiser ou de minimiser, et selon quels critères ? Nous nous foutons des symboles, la seule chose qui importe dans une émeute, c’est la rage qui la guide, et non les « capacités pré ou post-révolutionnaires » de ceux qui la font [1]. Mais se réfugier dans le fantasme exotique d’une insurrection en Grèce permet de ne pas trop se mouiller ici, et de redorer un blason terni par des actes manquants. Pour nous, condamner une émeute de banlieue -sous un prétexte fallacieux ou un autre- équivaut à condamner une grève sauvage, une attaque de keufs ou l’incendie d’un centre de rétention ; c’est nier la révolte qui anime les enragéEs, en faisant d’eux des objets d’études sociologiques qui, pour se faire, doivent nécessairement adopter un point de vue extérieur et distant, voir condescendant. Assis au coin du feu, le révolutionnaire a tout le loisir de pondre d’imposantes réflexions qui feront autorité et montreront la voie à ceux qui eux, n’ont pas que ça à foutre.

Solidarité avec les incarcérés de 2005 comme de 2008.

Lundi 29 décembre 2008

Notes

[1] Il est évident par ailleurs que nous ne serons jamais solidaires d’une émeute conduite par des ennemis, ou par n’importe quel groupe ayant l’intention de s’emparer du pouvoir ou de commettre des massacres, cela va sans dire.

Textes publiés sur non-fides.fr

 

[Athènes, Grèce] Action antiélectorale dans le quartier de Petralona – 24/25 janvier 2015

Le samedi 24 et le dimanche 25 janvier 2015 à l’aube, un groupe de compagnons a réalisé les actions suivantes dans la zone de Petralona qui était décoré avec du matériel électoral:

  • Au moins 7 bannières de partis politiques ont été enlevées ou vandalisées à la bombe de peinture.
  • Des tags ont été réalisés dans différentes rues, sur le kiosque électoral de SYRIZA et un centre de vote.
  • Une banderole a été mise contre les élections.

‘Sabotage du processus électoral. Mort aux sauveurs. Déclarons la guerre à la démocratie. Prenons les rênes de nos vies.’

Vive l’anarchie !

Des anarchistes de praxis

petralona1

La bannière de SYRIZA qui disait auparavant « L’espérance vient, la Grèce avance et l’Europe change. Votez pour SYRIZA » se lit désormais « L’espérance vient, la Grèce brûlera et l’Europe brûlera. Mort à SYRIZA »

petralona2

Tag et le pochoir se lisent: « Abstention des urnes. Insurrection et désobéissance. Feu aux cellules scolaires« .

Traduit depuis l’espagnol de contrainfo

[Saint-Denis, 93] Nik la police

Texte diffé à Saint Denis à différentes occasions.

nlpIl y a quelques semaines, un homme meurt dans un affrontement avec les flics, tué par l’explosion d’une grenade offensive lancée par les chtars. Il y a quelques jours, les matons de Fresnes laissent crever un individu qui avait mis le feu à la cellule où il croupissait. Pour des raisons qui ne sont pas les nôtres la première mort, celle de Rémi, provoque un peu de bordel dans la rue quand tant de fois les meurtres des uniformes (flics, militaires, matons, infirmiers psy, etc) passent inaperçus. C’est que cette fois-ci il s’agit d’un « jeune » (quelle importance?) participant à une lutte collective, et pas du premier braqueur, pauvre et/ou révolté venu. C’est pourtant la même boule de rage et de tristesse qui nous étreint, à laquelle il est hors de question de s’habituer, le même monde à abattre.

Il nous crache à la gueule, Cazeneuve, quand il annonce larme à l’œil que le type de grenade qui a tué Rémi ne sera plus utilisé tout en réaffirmant qu’il y a des modes de « contestation » légitimes et que toutes celles et ceux qui décident de traduire leur rage en actes s’exposent à la répression et aux mutilations, voire à la mort. Si le désir est réellement de se débarrasser de la police, et du monde qui en a besoin, les moyens autorisés: le vote, la manifestation non-violente, les pétitions diverses et variées, ne sont d’aucune utilité. Nous n’avons rien à demander à l’État parce que nous ne voulons pas d’états au-dessus de nos têtes, aucune instance supérieure qui décide comment et où on doit vivre, ce qui est « bien » ou « mal ». Dans un moment où il y a un peu plus de grabuge dans la rue qu’à d’autres, on aimerait prendre de l’élan, briser la machine à soumettre et à exploiter. Ne pas se contenter de parler de « violences policières » mais les relier à l’ensemble de ce qui nous pourrit la vie, plutôt que rester sur le morne terrain de la politique et de la revendication en espérant fédérer plus largement. Oser tendre vers l’insurrection au lieu de rogner nos désirs pour les faire rentrer dans les cases existantes.

Si ce qu’on partage pour commencer n’est pas tant la rage d’en finir avec ce monde-là dans sa globalité que de dégager les flics de nos vies, qu’à cela ne tienne, ça fait déjà une bonne amorce, un sacré début. À Saint-Denis, l’objectif du pouvoir est de transformer une ville conflictuelle en paradis pour bourges et investisseurs. Ils comptent d’ici trois-quatre ans installer ici le nouveau siège régional de la police scientifique*, déménager et agrandir le commissariat: la mairie PCF essaye d’obtenir 200 keufs en plus, soit quasiment le double des effectifs actuels…Tout ça sans compter l’euro 2016 qui vient peser dans l’agenda de leurs travaux, l’occasion de faire joujou avec des drônes qui viennent s’ajouter aux dispositifs de contrôle existants… Foutons-leur la misère. Continuant de jour, de nuit, seul-es ou en bonne compagnie, à frapper, affutons nos coups. Que leurs projets s’enlisent, que leur routine macabre s’enraye avec l’essor de notre imagination.

*avenue Jean Moulin. Le bâtiment de la police scientifique serait construit exprès, le commissariat serait dans les murs de l’ancienne antenne de la CPAM, celle qui est squattée par des artistes.

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Si nous haïssons les uniformes, ce n’est pas « seulement » parce qu’ils éborgnent, mutilent, enferment, tuent les pauvres et/ou les révoltés. C’est qu’ils sont les chiens de garde des privilèges des riches, des projets du pouvoir, et se trouveront toujours sur la route des amantEs de la liberté. Si nous refusons le moindre dialogue avec les politicienNEs de tout bord (partis, syndicats, asso-citoyennes) ainsi qu’avec les mange-merde que sont les médias, c’est que nous les reconnaissons comme maillons indispensables du monde qui nous oppresse. Tous veulent canaliser la révolte pour l’étouffer, et récupérer le pouvoir qu’il nous faut détruire si nous voulons avoir une chance d’être libres un jour. Si nous choisissons d’attaquer les chantiers, les structures, voir les principales figures de la domination par tous les moyens que nous jugeons pertinents, c’est que nous savons qu’un abîme sépare notre violence ciblée d’individus en quête de liberté de la terreur exercée par les États pour se maintenir en place. Nous n’avons rien à aménager, négocier, réformer de cette société tissée de rapports de domination dégueulasses. Si nous décidons de le faire sans attendre, c’est que contrairement à ce qu’ont toujours prétendu toutes les crapules religieuses, nous n’avons qu’une seule vie, et que l’idée de la passer entre misère salariée et chantage à la taule nous est proprement insupportable. Ce qui dégoûte le coeur, que la main s’y attaque 

brèves

Piqûre de rappel.

Dans la manif du 13/11 contre les violences policières, à Paris, les lycéen-ne-s et autres « non-encartéEs » désireu-x-ses de choisir leur parcours et d’aller emmerder la manif des keufs ont dû passer à travers le service d’ordre de la FIDL (syndicat lycéen): des gros bras qui ont sorti gazeuses et matraques téléscopiques et ont dû battre en retraite sous les projectiles. Sales mercenaires des syndicats!!!

Petits coups de crocs dans la domination.

Le 4/11, « une pelleteuse et un engin de forage sont partis en fumée sur le chantier de la rue Vandenbranden dans le centre de bruxelles. Un tag a été laissé sur place « A Rémi ». Ils aménagent, on saccage! »

Fin octobre / début novembre, multiplication des guets-appens contre la police notamment à Corbeil-Essonne, Albertville, Montpellier et Blois (….)

Le 30/10 à Lesneven (finistère): un véhicule de la police municipale détruit, un second « fortement endommagé » selon le torchon local. Pour un peu, le feu aurait pu se propager à la mairie qui a vu sa façade arrière « léchée par les flammes ». Dommage!

Le 29/10, occupation éclair des locaux de recrutement de la marine, à Rouen. À Saint-Denis, les militaires du centre de recrutement de l’armée situé en plein centre ville travaillent derrière des vitres en carton depuis une dizaine de jours. Bien fait!

Le 24/10, une mutinerie éclate dans le quartier d’isolement de la prison centrale de Saint-Maur, les premiers « sortis » dégagent les matons et pétent les serrures des autres cellules. L’émeute dure la matinée, le bloc prend cher (caméras défoncées…). Feu aux prisons!

Début novembre, plusieurs lycées sont bloqués à St-Ouen et Saint-Denis, avec des tas de poubelles, dont certains sont mis à feu et commencent à cramer les bahuts. A Saint-Denis, un blocage se transforme en manif sauvage à travers la ville, tentant quelques pillages et défonçant voitures et vitrines de commerces au passage. Un dispositif monstrueux est déployé depuis afin de rétablir l’ordre. Grrr…

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Reçu par mail, 20 nov 2014