Archives par étiquette : Pour l’auto-détermination

[Berlin, Allemagne] Au sujet d’une attaque incendiaire à Friedrichshain – 30 mars 2015

FurEinWeltOhneGrenzenUndKnasteMieux vaut tard que jamais, il y a une semaine plusieurs véhicules de la municipalité des verts ont été incendiés dans la nuit de dimanche à lundi (entre le 29 et le 30 mars 2015). Cette action nécessite une explication car elle ne pouvait pas être compréhensible de manière isolée*. Ce bureau est en relation directe avec la répression contre les réfugiés et migrants du Görlitzerpark du quartier Kreuzberg à Berlin. Celui-ci a été responsable d’avoir rasé tous les buissons et les haies afin que les flics puissent mieux surveiller les réfugiés. Cela a été fait au nom du parti des verts qui gouverne à Kreuzberg/Friedrichshain pour faciliter la tâche répressive des flics. Car ces derniers temps, le harcèlement et la persécution envers les réfugiés n’ont absolument pas diminué mais s’intensifient de plus en plus. Comme ce fut le cas par l’expulsion d’un groupe d’une église évangéliste à Moabit le 22 mars 2015 ou l’entrée dans l’école de la rue Ohlauer qui a été refusée à certains réfugiés.

Pour nous, la lutte contre le racisme et l’exploitation ne peut avoir lieu que si l’Etat et le capital sont attaqués. Cette modeste action est une attaque et une étape dans cette direction. Car le bureau municipal des verts est en lien direct avec la ville de Berlin et dans ce cas aussi leur rôle en tant que force répressive qui est utilisée contre des personnes.
Nous ne voulons pas soutenir la vie de quelques réfugiés par du travail social, mais montrer l’opposition au capitalisme par des actions directes. […]

Pour un 1er mai incontrôlé sans gestionnaire du spectacle !
Contre le racisme, l’Etat et le capitalisme !
Pour la diffusion de l’Anarchie !

PS: même si cette action n’avait rien à voir, solidarité et force aux prisonniers anarchistes arrêtés en Espagne, solidarité et force aux prisonniers anarchistes grecs en grève de la faim !

Traduit de l’allemand de linksunten, 7 April 2015

NdT:

*Une attaque dirigée contre le pouvoir sous toutes ses formes (du comico à la mairie) est suffisamment claire pour ne pas attendre forcément une revendication. Ceci dit, ce texte veut avant tout recontextualiser ces attaques brièvement évoquées (et de fait déformés) à travers les pages de la presse allemande.

Contre la charité – Une critique du « Food not bombs »

par Feral Faun, USA (date inconnue)

charityFnBDans de nombreuses villes des États-Unis, des anarchistes ont organisé des repas « Food Not Bombs ». Les organisateurs de ces projets expliqueront que la nourriture doit être gratuite, que personne ne devrait jamais avoir à souffrir de la faim. Certes, un sentiment honorable… auquel les anarchistes répondent de la même manière que les chrétiens, les hippies ou les gauchistes – en montant un organisme de charité.

On nous dira, cependant, que « Food Not Bombs » est différent. Le processus décisionnel utilisé par les organisateurs est non hiérarchique. Ils ne reçoivent aucune subvention du gouvernement ou des entreprises. Dans de nombreuses villes, ils servent leurs repas comme un acte de désobéissance civile, au risque de se faire arrêter. De toute évidence, « Food Not Bombs » n’est pas une bureaucratie humanitaire à grande échelle, en fait, c’est souvent un effort très boiteux… mais c’est une oeuvre de charité – et cela n’est jamais remis en question par ses organisateurs anarchistes.

Les oeuvres de charité sont une partie nécessaire de tout système économique et social. La rareté imposée par l’économie crée une situation dans laquelle certaines personnes sont incapables de satisfaire à leurs besoins les plus élémentaires par les voies normales. Même dans les pays dotés de programmes de protection sociale très développés, il y a ceux qui passent à travers les mailles du système. Les oeuvres de charité prennent le relais là où les programmes d’aide sociale de l’Etat ne peuvent pas ou ne veulent pas aider. Des groupes comme « Food Not Bombs » sont donc une main-d’oeuvre bénévole aidant à préserver l’ordre social en renforçant la dépendance des pauvres à des programmes qui ne sont pas de leur propre création.

Peu importe à quel point le processus décisionnel utilisé est non-hiérarchique, la relation est toujours autoritaire. Les bénéficiaires de la charité sont à la merci des organisateurs du programme et ne sont pas libres d’agir selon leurs propres termes dans cette relation. Cela peut être vu dans la façon humiliante dont on reçoit la charité. Les repas de charité comme ceux de « Food Not Bombs » exigent que les bénéficiaires arrivent à un moment qu’ils n’ont pas choisi, afin de faire la queue pour recevoir une nourriture qu’ils n’ont pas choisie (et le plus souvent mal faite) dans des quantités distribuées par un bénévole qui veut faire en sorte que chacun reçoive une part équitable. Bien sûr, c’est mieux que d’avoir faim, mais l’humiliation est au moins aussi grande que celle de faire la queue au supermarché pour acheter de la nourriture que l’on veut réellement et que l’on peut manger quand on veut. L’engourdissement que nous développons face à une telle humiliation – un engourdissement mis en évidence par le cas de certains anarchistes qui choisissent de manger aux repas de charité tous les jours afin d’éviter de payer pour la nourriture, comme s’il n’y avait pas d’autres options – montre à quel point notre société est imprégnée de ces interactions humiliantes. Pourtant, on pourrait penser que les anarchistes refuseraient de telles interactions dans la mesure où cela relève de leur pouvoir de le faire et de chercher à créer des interactions d’un autre genre, afin de détruire l’humiliation imposée par la société. Au lieu de cela, beaucoup créent des programmes qui renforcent cette humiliation.

Mais que dire de l’empathie qu’on peut ressentir pour un autre qui souffre d’une pauvreté qu’on ne connaît que trop bien, du désir de partager la nourriture avec les autres ? Des programmes comme « Food Not Bombs » n’expriment pas l’empathie, ils expriment la pitié. Distribuer de la nourriture ce n’est pas le partage, c’est une relation hiérarchique et impersonnelle entre un rôle social de « donneur » et un rôle social de « bénéficiaire ». Le manque d’imagination a conduit des anarchistes à faire face à la question de la faim (qui est une question abstraite pour la plupart d’entre eux) de la même manière que les chrétiens et les gauchistes, en créant des institutions qui sont parallèles à celles qui existent déjà. Comme on peut s’y attendre quand les anarchistes tentent de faire une tâche intrinsèquement autoritaire, ils font un travail mauvais comme la pisse… Pourquoi ne pas laisser le travail de charité à ceux qui n’ont pas d’illusions à ce sujet ? Les anarchistes feraient mieux de trouver des moyens de partager individuellement si ils sont si émus, des moyens qui encouragent l’auto-détermination plutôt que la dépendance et l’affinité plutôt que la pitié.

Il n’y a rien d’anarchiste dans « Food Not Bombs ». Même le nom est une demande faite aux autorités. C’est pourquoi les organisateurs utilisent si souvent la désobéissance civile – c’est une tentative de faire appel à la conscience de ceux qui sont au pouvoir, pour les amener à nourrir et héberger les pauvres. Il n’y a rien dans ce programme qui encourage l’auto-détermination. Il n’y a rien qui puisse encourager les bénéficiaires à refuser ce rôle et commencer à prendre ce qu’ils veulent et ont besoin sans suivre les règles. « Food Not Bombs », comme toute autre oeuvre de charité, encourage ses bénéficiaires à rester des récepteurs passifs plutôt que de devenir des créateurs actifs de leurs propres vies. La charité doit être reconnue pour ce qu’elle est : un autre aspect de l’humiliation institutionnalisée inhérente à notre existence économisée, qui doit être détruit afin que nous puissions vivre pleinement.

Traduction publiée dans la revue anarchiste apériodique Des Ruines n°1